III. Comment l'empereur sauva Liénard
508. Un chevalier de Hélesmes, qui avait nom Liénard, rudement prud'homme et de grande vigueur, aperçut l'orgueil et la vanitéqui étaient en eux, et eut pitié de ce qu'ils tiraient si cruellement sur nos gens. Il mit arrière toute couardise, et se lança parmi eux l'épée à la main. Et néanmoins, parce qu'il s'engagea sans commandement, les
507. — 1 CE, confessés. — - C, trop grant merveille. — s C, encontre Burille et il eusl tout son pooir, et l'empereour eust en s'aide tous cheux qui furent en elle pais de Franche, de Flandres, etc. F omet cette phrase.
508. — 1 Buchon conjecturait à tort que Hielemes pouvait être une abréviation de Hierusalem. — - C, molt très grant. — 3 CE, et comment il bersoient.
3lO HISTOIRE DE L ExMPEREUR HENRI.
de l'ost disent k'il avoit fait un fol hardement, et ke nus hom ne le deveroit plaindre s'i li mescaoit de cheste emprise. Ke vaut chou? Il n'ot point de siute; si evustesté pris sans faille et retenus, se li empereres ne fust; mais par le grant cortoisie de son cuer et par le grant4 hardement emprist toz seus :' le rescousse de son homme.
?oi). Quant li empereres vit ke Lyenars ne pooit escaper sans mort u sans prison, il monta sor un sien cheval Moriel ', et le hurta des espérons, et s'adrecha vers un Blac. Et quant vint à l'aprocier, il le feri parmi le costé de le lanche, si ke li fiers en parut d'autre part ; et chil ki le cop ne pot soustenir, caï à terre comme chil kil ne pot mais. Moriaus fu navrés en deus lius.
5io. Et quant chil ki Lienart tenoient virent venir Tempereour embrasé d'ire et de mautalent, il n'orent cure d'atendre, ains li guerpirent Lyenart; et s'enfui* li uns chà, et li autres là. Et nonporquant Lyenars fu navrés en le main (ne sai de sajete u d'espée). Et li empereres li dist iréement : « Lienart ! Lyenart ! se Dex me saut ! kiconques « vous tiegne'2 por sage, je vous tieng por fol; et bien sai ke jou « meismes serai blasmés por vostre fait3. »
5 1 1 . Ensi corne vous avés oï, fu Lyenars rescous par l'empereour ' . Et li empereres meismes i ala auques folement-; car il n'avoit de garnison por son cors à cel point ke un seul gasygan; et nonporquant il desconréa toz les Blas ke il à celé pointe 3 consivi. Et por chou k'il ot paour et doute ke ses chevaus ne fust mors u mehaigniés, il s'en torna le petit pas, le pignon el puingtout ensanglenté. Et au cheval reparoit auques k'il avoit esté 4 espouronnés par besoing; car li sans li raioit par ansdeus les costés, et estoit navrés en deus lius. Et à paines savoient chil encore de le compaignie l'empereour ù il estoit aies; si en estoient auques5 dolant et desconforté. Et por eus donner confort, lor dist-il k'il fussent tout asseur.
5 i 2. Et quant Pieres de Douay le vit, il vint1 à lui, et si li dist :
5oS. — '• D omet grant. — 5 CE omettent lo; sens; F, entreprist scur lui.
: i. — 1 F. en un sien cheval morel qu'il avoit.
5io. — i C. s'en sont parti; E. s'en parti. — - CE, tient. — 3 c, a/aire.
L EMPEREUR SAUVE LIÉNARD. 3ll
prud'hommes de l'armée dirent qu'il avait fait une folle hardiesse, et que nul homme ne le devrait plaindre s'il lui mésavenaitde cette entreprise. A quoi bon ce discours? On ne le suivit pas; et il eût été pris et retenu sans faute, si ce ne fut l'empereur; mais par la grande courtoisie et la grande hardiesse de son cœur, il entreprit tout seul la délivrance de son homme.
5otj. Quand l'empereur vit que Liénard n'en pouvait réchapper sans mort ou sans prison, il monta sur son cheval Moreau, puis le piqua des éperons, et se dirigea vers un Blaque. Et quand il vint à l'approcher, il le frappa dans le côté avec sa lance, si fort que le fer en sortit d'autre part; et l'autre, qui ne put soutenir le coup, tomba à terre comme n'en pouvant mais. Moreau fut blessé en deux endroits.
5io. Et quand ceux qui tenaient Liénard virent venir l'empereur embrasé de colère et de vengeance, ils n'eurent souci d'attendre, mais lui laissèrent Liénard; et l'un s'enfuit deçà, et l'autre delà. Et néanmoins Liénard fut blessé à la main (de flèche ou d'épée, je ne sais). Et l'empereur lui dit en colère : « Liénard ! Liénard ! que Dieu me par- « donne ! qui que ce soit qui vous tienne pour sage, je vous tiens pour « fou ; et je sais bien que moi-même je serai blâmé pour votre fait. »
5 1 i . Ainsi que vous avez ouï, Liénard fut délivré par l'empereur. Et l'empereur même y alla assez follement; car il n'avait de défense pour son corps à ce moment qu'une simple veste rembourrée; et néanmoins il dispersa tous les Blaques qu'il poursuivit dans cette pointe. Et parce qu'il eut peur et crainte que son cheval ne fût tué ou blessé, il s'en retourna au petit pas, ayant au poing son pennon tout ensanglanté. Et au cheval il paraissait assez qu'il y avait eu besoin de l'éperonner; car le sang lui coulait par les deux côtés, et il était blessé en deux endroits. Et à peine ceux delà compagnie de l'empereur savaient-ils encore où il était allé; et ils en étaient assez tristes et déconfortés. Et pour leur donner confort, il leur dit qu'ils fussent tout rassurés.
5 12. Et quand Pierre de Douai le vit, il vint à lui, et lui dit :
5 il. — ! C. par la main l'empereour. — - C ajoute armes. — 3 C, ce point. — > (^, estoit. — • *-. furent moult.
5 12. — ï C. s'en vint tout droit.
« Sire, sire, teus hom comme vous iestes, et ki tant de preudomes a « à garder et à gouverner comme vous avés, ne se doit mie si folement « départir de ses homes comme vous à ceste fois vos en iestes déparée tis. Car s'il avenist ke2 vous i fussiés, par aucune mésaventure, u « mors u pris, ne fussiemes-nous tout mort et deshouneré? Oill, se « Dex me saut3! Nous n'avons chi autre fremeté ne autre estandart « fors Diu tant seulement et vous. Or vous dirai une cose, s'il vous « plaist4, ke jou voell ke vos saciés : ke se vous une autre fois vous « embatés en autel péril ;' (dont Dex vous gart!6), nous vous « rendons chi or endroit tout chou ke nos tenons de vous. »
5 1 3. Et quant li empereres entent comment Pieres de Douay le vait reprendant ' por s'ounour, si li respondi molt deboinairement : « Ciertes, Pieres, bien sai ke jou i alai trop folement; si vouspri ke « vous le me pardonnes, et jou m'en garderai une autre fois. Mais che
me fïst faire Lyenars, ki trop folement s'i embati; si l'en ai plus « laidengié et dit de honte ke jou ne deusse. Et nonporquant, s'il i « fust remés -, trop fust vilaine cose à nous. Car ki piert un si preu- « dôme comme il est, chou est damages sans restorer; et mains en se- « riesmescremu. Mais raies en vostre conroi, et laissommes les Blas « à tant, et tornons viers Phinepople. »
514. Puis ke li empereres l'ot commandé, nus n'i mist1 contredit. Lors vinrent viers Phinepople, et se logierent hastivement. Et quant li très l'empereour fu tendus, si se fist maintenant desarmer - ; et puis s'est un petit desjeunés de pain bescuit et de vin. Si lisent li autre (ki l'orent); et ki ne l'ot, si l'en convint consirer. Car bien saciés k'en douse grans jornées ne croissoit ne blés, ne orges, ne vins, ne avaine. Et quant nostre gens virent k'il en tel terre s'estoient embatu, nus ne se doit mervellier se il furent 3 desconforté.
5 12. — 2 c, or, sire, regarde^ donkes que se. — 3 F, quar se vos par aventure i fussiés mort ou pris, nos fusions luit pris et mortel deshonoré. — ' C omet s'il vous plaist. — » c. en autretel point; G ajoute sans conseil. — l! C ajoute et nous aussi.
P. DE DOUAI RÉPRIMANDE l'eMPEREUR. 3<3
« Sire, sire, un homme tel que vous êtes, et qui a autant de prud'hom- « mes à garder et à gouverner que vous en avez, ne se doit pas sé- « parer aussi follement de ses hommes que vous vous en êtes séparé « cette fois. Car s'il fût advenu que vous y fussiez, par quelque mésa- « venture, ou tué ou pris, n'étions-nous pas tous morts ou déshonorés? « Oui, Dieu me pardonne ! Nous n'avons ici d'autre rempart ni d'autre « étendard que Dieu seul et vous. Or je vous dirai, s'il vous plaît, « une chose que je veux que vous sachiez : c'est que si vous vous « jetez une autre fois en pareil péril (dont Dieu vous garde!), nous « vous rendons ici à l'instant tout ce que nous tenons de vous. »
5i3. Et quand l'empereur entend comment Pierre de Douai le va reprenant pour son honneur, il lui répondit bien débonnairement : « Certes, Pierre, je sais bien que j'y allai trop follement, et je vous « prie que vous me le pardonniez, et je m'en garderai une autre fois. « Mais ce qui me le fit faire, c'est Liénard, qui s'y jeta trop follement-, « aussi lui en ai-je plus dit de reproches et fait honte que je ne dusse. « Et néanmoins, s'il y fût resté, c'eût été trop vilaine chose pour nous. « Car perdre un prud'homme tel qu'il est, c'est un dommage à ne pas « réparer, et nous en serions moins redoutés. Mais retournez à votre « compagnie, et laissons les Blaques maintenant, et tournons vers « Finepople. »
IV. L'empereur arrive à Finepople, et fait fourrager malgré l'ennemi.
514. Après que l'empereur eut commandé, nul n'y contredit. Alors ils vinrent vers Finepople, et se logèrent bien vite. Et quand la tente de l'empereur fut tendue, il se fit aussitôt désarmer; et puis déjeuna d'un peu de biscuit et de vin. Ainsi firent les autres (ceux qui en avaient); et celui qui n'en avait pas, il lui fallut s'en consoler. Car sachez bien qu'en douze grandes journées de marche il ne croissait ni blé, ni orge, ni vin, ni avoine. Et quand nos gens virent qu'ils s'étaient lancés en tel pays, nul ne se doit émerveiller s'ils furent déconfortés.
5i3. — ' F, ramposnant. — - C, demeurés.
514. — 1 C, n'i ot nul qui imesist. — - C, si s'est fait desharnier. — 3 C. si en furent molt effreé, en omettant nus ne, etc.
VILLE-HARDOU1N. III. — 40
3 ia HISTOIRE DE L EMPEREUR HENRI.
5i5. Pieres de Douay et Reniers de Trit et Ansiaus de Chaeu, et pluisour autre chevalier, s'en vinrent devant Phinepople en fuerre pour les fourriers garder. Dont gardèrent devant els-, si ont les Blas coisis, ki tout estoient entalenté d'aus faire anui1 s'il faire le pevussent. Nonporquant il orent nos fourriers arestés devant Phinepople, et fourclos delor gent meismes. Ensi comme il estoient en tel manière2, vint uns messages à l'empereour, ki li dist k'il montast errant, et k'il venist secourre ses fourriers-, car li Commain et li Blac les avoient assaillis.
5 1 6. Et quant li empereres l'oî, si se fist maintenant armer, et aussi ses homes1 ; et puis lor dist k'il pensassent, cascuns endroit lui, dou bien faire, et ne quidassent pas ke chil Sire ki fais les avoit à se propre samblanche et à s'ymage, les evust entroubliés- por celé chienaille. « Se vous, fait-il dont, metés vostre fianche del tout en lui et « vostre esperanche, n'aies jà paour ne doutanche k'il contre vous « puissent eure durer :!. »
5 1 7 . Ke vous diroie-jou? tant lor a li empereres1 preecié2 de Nostre Segnor, et mis avant de boines paroles et amonnestés de bieles proeches, ke il n'i ot si couart ki maintenant ne fust garnis de hardement, et desirans de proeche faire, s'il en pooit venir en point. Ensi preece li empereres ses homes et amonieste de bien faire, tant ke tous les a resvigourés.
5i8. Et Pieres de Douay et Ansiaus de Chaeu et Reniers de Tnt ierent devant Phinepople, ensi comme vous avez oï, pour les fourriers garder1. Et endementres- k'il entendoient au furrer, comme chil ki bien besoigne en avoient, à tant es vous venir sour aus Blas et Commains -, et envoierent avant lor archiers3 huant et glatissant, et faisant une noise si grant k'avis estoit ke toute le plaigne4 en tremblast.
5 19. Li jours estoit biaus, et li cans1 si plains k'il n'i avoit fossé, ne mont, ne val. Et s'or ne remansist'2 li bataille de le partie des Blas et des Commains, bien croi ke de le nostre partie ne remansist 3 elle
5i5. — 1 C ajoute et pesànche. — 2 C. tel point.
5i6. — 1 D.sifist maintenant armer ses homes ; C,.., tout maintenant tous ses homes ; G.
dont s'apareilta li empereres etfisl l'ost monter. — - C, oubliés. — 3 C. avoir durée; E. errer ne Jurer ; F. aler ne durer.
l'ennemi attaque les FOURRAGEURS. 3 I 5
5 1 5. Pierre de Douai et Renier de Trit et Anseau de Cayeux, et plusieurs autres chevaliers, s'en vinrent devant Finepople au fourrage pour garder les fourrageurs. Ils regardèrent donc devant eux; et ils aperçurent les Blaques, qui étaient tout disposés à leur faire de l'ennui s'ils le pouvaient faire. Ceux-ci cependant ont arrêté nos fourrageurs devant Finepople, et les ont séparés de leurs gens mêmes. Alors qu'ils étaient en cette manière, vint un messager à l'empereur, qui lui dit qu'il montât vite à cheval, et qu'il vînt secourir ses fourrageurs-, car les Comains et les Blaques les avaient assaillis.
5 ib. Et quand l'empereur l'ouït, il se fit armer aussitôt, et ses hommes aussi; et puis leur dit qu'ils pensassent, chacun en son endroit, à bien faire, et ne crussent pas que ce Seigneur qui les avait faits à sa propre ressemblance et à son image, les eût oubliés pour cette canaille. « Si vous mettez, dit-il donc, votre confiance tout à fait « en lui et votre espérance, n'ayez ni peur ni inquiétude qu'ils puisce sent tenir une heure contre vous »
5 17. Que vous dirais-je? L'empereur leur a tant prêché Notre- Seigneur, et adressé de bonnes paroles et conseillé de belles prouesses, qu'il n'y en eut pas, si couard fût-il, qui maintenant ne fût rempli de hardiesse, et désireux de faire des prouesses, s'il en pouvait trouver l'occasion. L'empereur prêche ainsi ses hommes et les exhorte à bien faire, tant qu'il les a tous réconfortés.
5 18. Pierre de Douai et Anseau de Cayeux et Renier de Trit étaient devant Finepople, ainsi que vous avez ouï, pour garder les fourrageurs. Et pendant qu'ils s'occupaient de fourrager, comme gens qui en avaient bien besoin, voici venir sur eux Blaques et Comains; et ils envoyèrent en avant leurs archers hurlant et aboyant, et faisant si grand bruit qu'il semblait que toute la plaine en tremblât.
5 t 9. Le jour était beau, et la plaine si unie qu'il n'y avait ni fossé, ni montagne, ni vallée. Et si la bataille n'en fût restée là de la part des Blaques et des Comains, je crois bien qu'elle n'en fût pas restée
517. — 1 D, nostre sires li empereres. — 2 C. tant ala li empereres preechier. 5 iS. — 1 C omet garder. — - CDE. et quoi. — ÎC. et faisaient lor arehiers venir pardevant ans. — 4 c. que il sambloit que tous li chemins. 5io,. — 1 C, li champaigne. — - CE, remanoit. — 3 CE. renianJroit.
3l6 HISTOIRE DE L'EMPEREUR HENRI.
pas. Car li empereres fu armés et montés sor un cheval bayart, por chou ke Moriaus, ses autres chevaus, estoit navrés si comme vous avés oï. Et quant il fu montés, si armés et si aparelliés comme à lui convint, bien sambla prinches ki terre eust4 à garder et à maintenir.
520. « Segnour, fait-il dont à ses homes1, vous véés ore bien ke il « est mestiers ke cascuns soitpreudom et loiaus endroit soi2. Or soit « cascuns de nos faucons, et nostre avresaire soient 3 bruhier. « Prenge cascuns reconfort en soi-meismes, car desconfors n'i vaut « noient; et nos les desconfirons toz. Et se nos avons mains de gent « par deviers nous 4 ke il n'ont, nos avons Diu pardeviers nous en « le nostre aide. »
52 1 . A tant se metent à le voie, et chevaucent contre Blas et Cornmains. Et lues ke il perchoivent l'orirlambe l'empereour, et les autres ensegnes ki sont en se compaignie, et nostre gent ki bien estoient priés de deus mile, Blaç et Commain s'en retornent sans plus faire à celé fois; et nostre gent se retraient1 arrière sans encaucier. Et nonporquant, se il ne fussent si travellié comme il estoient, volentiers fussent assamblé. Et lor gens s'en râla par devers le montaigne, et li nostre retorna à l'ost.
522. Celé nuit devisèrent lor batalles, et ordenerent ki poinderoit premerains se che venoit à l'assambler. Si i esgarderent Pieron de Braiescuel et Nicholon de Mailli : à ces deus fu li cose commandée. Puis lor commencha uns capelains de l'ost, ki Phelippes estoit apielés, à monstrer1 le parole Nostre-Segnour, et dist :
523. « Biau segnor, vouski chi estes assamblé por le service Nos- « tre Segnor1, por Diu gardés ke li paine ne li travail ke vos avés eu « ne soient pierdu. Vos estes chi assamblé en estrange contrée, ne n'i
519. — 4 Dans CE les verbes sont au présent : est... convient... samble... ait.
520. — 1 C omet dont à ses homes. — - F ajoute, et nos somes venu au point qu'il nos convient csploiticr, et haster de secorre nostre gent. — 3 D, avrcsaircs soit. — 4 C omet par deviers nous.
l'ennemi refuse le combat. 3 17
là de notre part. Car l'empereur était armé et monté sur un cheval bai, parce que Moreau, son autre cheval, était blessé ainsi que vous avez ouï. Et quand il était monté, armé et équipé ainsi qu'il lui appartenait, il avait bien l'air d'un prince qui eût terre à garder et à maintenir.
j2o. « Seigneurs, fait-il donc à ses hommes, vous voyez bien « maintenant qu'il faut que chacun soit prud'homme et loyal en son « endroit. Or que chacun de nous soit un faucon, et que nos adver- « saires soient des éperviers bâtards. Que chacun prenne courage « en soi-même, car le découragement ne vaut rien; et nous les défi confirons tous. Et si nous avons moins de gens par devers nous « qu'ils n'en ont, nous avons par devers nous Dieu en notre aide. »
52 1 . Alors ils se mettent en route, et chevauchent contre les Blaques et les Comains. Et dès qu'ils aperçoivent l'oriflamme de l'empereur, et les autres enseignes qui sont en sa compagnie, et nos gens qui étaient bien près de deux mille, Blaques et Comains s'en retournent sans plus faire cette fois; et nos gens se retirent en arrière sans les poursuivre. Et néanmoins, s'ils n'eussent été aussi fatigués qu'ils étaient, ils eussent volontiers combattu. Et leurs gens s'en allèrent par devers la montagne, et les nôtres retournèrent au camp.
V. Les croisés se préparent au combat par la confession ; l'empereur les exhorte à bien faire.
522. Cette nuit ils réglèrent leurs corps de bataille, et décidèrent qui attaquerait le premier si on en venait au combat. Ils choisirent Pierre de Bracieux et Nicolas de Mailly : à ces deux-là fut confiée la chose. Puis un chapelain de l'armée, qui était appelé Philippe, commença de leur annoncer la parole de Notre-Seigneur, et dit :
523. « Beaux seigneurs, vous qui êtes ici assemblés pour le serff vice de Notre-Seigneur, gardez pour Dieu que la peine et les trait vaux que vous avez eus ne soient perdus. Vous êtes ici assemblés
5ai. — 1 D, s'en rétament; C, se sont retrait; E. se retraient.