APPEL A LA VEUVE DE BONIFACE
là, chacun par son nom : premièrement l'archevêque de Salonique qui était assis près de lui, le comte Bertoud, et le seigneur du Cytre, et après, tous les autres barons-, et il leur demanda s'ils approuvaient la demande que le comte faisait contre lui. Et de tous ceux que je vous ai nommés il n'y en eutaucunqui l'approuvât, horsAubertin, qui était sire d'Estives, et le chancelier et Pierre Vent. Ces trois traîtres seulement furent du côté du comte.
60 1 . Alors l'empereur dit au comte : « Sire comte, or écoutez-moi « un peu, s'il vous plaît. Je ne veux pas que vous ni autre puissiez « dire à bon droit que je vous fausse ma promesse. Il est vrai que je « vous ai promis que toute la terre que vous avez ici rappelée, je vous « l'octroierais, si l'impératrice en était d'accord. Et je le reconnais «■ bien encore, et je tiendrai parole si elle en est d'accord. Et je veux « que tout le monde sache que jamais à nul seigneur ne fut faite pa- « reille demande, qu'il abandonnât sa terre de force et son honneur. « Et je sais bien que celui qui me fait pareille requête n'est pas très « désireux d'accroître mon honneur, ni d'avancer mon profit; et qu'il « ne m'aime guère plus que ne font les Blaques et les Comains. »
602. Alors l'empereur appela Conon de Béthune, et lui dit qu'il allât à l'impératrice, et lui demandât si c'était de par elle que le comte de Blans-Dras lui faisait pareille demande. Conon de Béthune alla aussitôt à l'impératrice, et lui demanda si elle l'approuvait-, et elle dit qu'elle en prendrait conseil, et leur en répondrait le lendemain. Et Conon de Béthune y consentit, et revint à l'empereur, et lui dit ce qu'il avait trouvé. L'empereur alla à l'impératrice, et lui dit : « Madame, ne « soyez pas contre mon droit; car alors vous feriez chose déloyale « envers moi et envers vous. Et ne craignez jamais rien de moi ; car « jamais (Dieu me soit en aide!) je ne ferai de vilenie envers vous « si vous n'en faites avant envers moi.
603 . « — Sire, dit la dame, si je m'osais fier en vous, je vous dirais « bien pourquoi je leur obéissais. Ils avaient si durement levé le pied « contre moi que je n'osais parler contre eux. Ils avaient fait serment
602. - 1 C, se ce estait de par li et se looit la requeste que li cuens avoit fait à l'empereour — - C, li empereres meismes ala parler a la dame. — 3 C ajoute pour Dieu. fio3. — 1 C, à iaus parler.
« mens enviers moi et enviers mon fill2; et por chou n'est-il mie re- « mes ke il n'aient mandé deus foisu trois le marchis Guillaume de « Montferras ke il venist à eus, por chou ke il voloient moi et mon « enfant de nostre tierre deshireter por le marchis mètre ens. Et puiske « jou sai le malisse tant apiert3 en eus, et ke il ensi cachent mon de- « siretement, jou remanrai del tout à vostre volenté; ne jamais, por « cose k'il me sacent dire ne faire ne proumettre, ne m'assentirai à « iaus ne4 à leur consaus5. »
604. Ensi ordenerent lor afaire entre l'empereour et l'emperreis. Et quant Lombart sorent le desfiement de le dame, si en furent molt esbahi'. Adontse rapenserent d'un autre baraf, car il disent ke seli pais ne pooit en tel manière venir, il prenderoient deus homes et li empereres deus, et chil quatre prenderoient le cinquisme; et chou ke chil cinq2 en diroient entre els communément, fust tenu por droit jugement. Et che ne disoient-il fors pour detriier. Et quant li empereres oï chou, si.dist ke il s'i assentoit bien, mais ke tant ke il voloit savoir ki li cinquismes seroit. Et li Lombart disent ke che ne feroient il mie3, mais les deus li nommeroient4 il volentiers : si iert li uns li connestables et li autres li sires de Nigrepont.
605. Ensi remest adont ceste cose en estrif. Et li emperreis ' vint à l'empereour, et li pria por Diu, se lui plaisoit, ke il couronnast son fill; et ildist keil le couronneroitmolt volentiers. Dont fist le jour de le Tiephane li empereres chevalier l'enfant à molt grant hounour, et puis le couronna voiant toz. Et si demoura encore li cuens en se ballie, et fu raviestus des roiaus gonphanons2; etrefist nouviaus bornages et novieles seuretés, juskesà le volenté de le emperreis et non plus3.
6o3. — - C, enviers moi pour mon fil. — 3 C. tout apertement. — 4 DE, mais au lieu de à iaus ne. — s G, Dont li dist la marchise : Sire, je me suis tenue devers les Lombars pour ce que je tien osoie autre chose faire ; car je n'avoie aide ne conseil de nelui ; et me convint faire le conte de Blandras bail de toute la terre et garde de mon fil. Pour ce n'est pas demouré que li Lombart n'aient mandé le marchis Guillaume de Montferrat pour faire seignour de ceste terre, jà soit ce que il aient fait sairement à moi et à mon fil. Mais je vuil d'ore en avant ouvrer par vostre conseil.
LE FILS DE BONIFACE EST COURONNÉ. 36g
« envers moi et envers mon fils; et ils n'ont pas laissé pour cela de « mander deux ou trois fois au marquis Guillaume de Montferrat « qu'il vînt à eux, parce qu'ils voulaient déshériter moi et mon ente fant de notre terre pour y mettre le marquis. Et puisque je vois « qu'il y a en eux une malice si évidente, et qu'ils poursuivent ainsi « mon déshéritement, je resterai entièrement à votre volonté; et ja- « mais, quoi qu'ils me sachent dire ou faire ou promettre, je ne m'ac- « corderai avec eux ni avec leurs desseins. »
604. Ainsi arrangèrent entre eux leur affaire l'empereur et l'impératrice. Et quand les Lombards surent le désaveu de la dame, ils en furent bien ébahis. Alors ils s'avisèrent d'une autre tromperie; car ils dirent que si la paix ne se pouvait faire en cette manière, ils prendraient deux hommes et l'empereur deux, et ces quatre en prendraient un cinquième; et ce que ces cinq en prononceraient entre eux en commun, serait tenu pour droit jugement. Et ils ne disaient cela que pour allonger. Et quand l'empereur ouït cela, il dit qu'il y consentait bien, mais que seulement il voulait savoir qui serait le cinquième. Et les Lombards dirent qu'ils ne le feraient pas, mais qu'ils lui nommeraient volontiers les deux qu'ils prenaient : l'un était le connétable et l'autre le sire de Négrepont.
605. Ainsi resta alors cette chose en débat. Et l'impératrice vint à l'empereur, et le pria pour Dieu que, s'il lui plaisait ainsi, il couronnât son fils; et il dit qu'il le couronnerait bien volontiers. Alors, le jour de l'Epiphanie (6 janvier 1208), l'empereur fit l'enfant chevalier en grand honneur, et puis il le couronna devant tous. Et pourtant le comte demeura encore en sa régence, et fut remis en possession des gonfalons royaux; et il refit nouveaux hommages et nouveaux serments, pour le temps qu'il plairait à l'impératrice, et pas plus.
604.. — 1 C ajoute et dotant. G, Dont l'en mena li empereres en la sale devant les Lombars, et li demanda se elle looit la requeste que il avaient faite. Elle respondit que nennil ; de c: furent li Lombart moltesbahi. — - DE omettent cinq. — '■> C, kit net saurait jà. — 4 C.noumerent ; F,nomeront.
6o5. — 1 C, et la dame. — - C, ravestis du royal confanon. — * G, Li quens de Blandras démolira en la baillie jusques à la voulenté l'empereour, etfist à l'enfant nouvelle seurtè et nouvel houmaiuc.
VILLE-HARDOUW, III. — 47
3yO HISTOIRE DE L'EMPEREUR HENRI.
bob. Sicuidoient ore nostre gent avoir ferme pais etboine acorde, mais ore primes commence 'li guerre; car li cuens garni Christople et le Serre, et de tel gent Ici n'avoient mie molt grant volenté d'acroistre l'ounour de l'enfant, si comme il fu puis seu par droite prouvanche 2.
G07. Il avintun jor ke li cuens vint à parlement ou castiel à Salenyke. Si i estoit li empereres, Cuenes de Biethune, Pierres de Douai ' et autre baron assés. Dont commencha à parler li cuens, et parla auques folemenf, et Cuenes de Biethune li dist ke il se consellast, se il voloit parler devant si preudome comme pardevant l'empereour. Et il dist ke volentiers le feroit, mais non fïsr, puis dist tel cose dont li empereris le tint à parole z, si comme vous orés.
608. « Sire cuens, dist li empereris, or m'entendes un poi, s'il « vous plaist. On m'a fait savoir ke vos avés garnis mes castiaus, si « comme le Serre et Cristople: et si les avés garnis de tel gent lu molt « n'aiment mie nostre hounour, ne onkes à moi ne fisent seurté ne « sairement de par mon fill ; ains l'ont en tel manière fait à vous ke, se « li marchis Guillaumes de Montferras (ke vous et li vostre ont mandé « grant piech'a) estoit passés chà outre, ke vous, por moi deshireter « et mon enfant, li devés rendre mes deus castiaus. Et por chou ke « on m'a fait entendant ceste cose por voire, jou voelke vousmeren- « dés ambes deus mes castiaus. »
609. Et li cuens dit ke che feroit il volentiers. Et l'emperreis dist ke il l'endonnast ' seurtés. Et il dist ke illidonroit boines. Et de chou dist-il folie por soi; car li cours juga communément et dist, por droit-, ke li cuens devoit demourer deviers l'emperreis juskes à tant ke il ses castiaus li evust livrés, etke elle 3 evust mises les soies garnisons dedens. Et li cuens dist à l'emperreis 4ketout ensi comme il l'ont jugié, l'otroie il bien.