TRAHISON DES LOMBARDS A CHRISTOPLE
« vinrent, et les Grecs les mirent dans le bourg sans autre lutte. Il y « eut alors assez de Lombards pris, et de leurs chevaux gagnés.
62 1 . « Et alors la lutte commença d'abord. Les Lombards étaient « dans le château au-dessus; et nos messagers les assiégèrent là-haut, « et brûlèrent la maîtresse porte. Sire, on fut là trois jours-, et au qua- « trièmeils se rendirent, leurs vies et leurs personnes sauves et leurs « biens. Sire, ils se rendirent ainsi ; puis les nôtres leur firent jurer sur « reliques que jamais ils ne se mettraient contre vous ni en château « ni ailleurs. Sire, il est advenu tout ainsi que je vous ai dit. »
XXIV. Trahison des Lombards de Christople; le comte de Blans-Dras ramené en prison à Salonique.
622. L'empereur fut bien joyeux de cette nouvelle-, et pourtant cela n'empêcha pas que Conon de Béthune , et les autres qui furent désignés avec lui, n'allassent avec le comte à Christople. Ils s'en vinrent donc à la Serre, et s'y logèrent cette nuit, et furent très honorés de ceux qui étaient là. Au matin, ils se remirent en route pour aller à Christople, et vinrent à Dragmes. Et au moment où le comte dut mander au château qu'on lui apportât les clefs, il appela Pierre Vent, un grand traître, et convint qu'il dirait au châtelain de par lui, que pour chose qu'il pût dire, faire ou commander, il ne rendît pas le château; car il pensait bien être délivré sans rendre le château.
023. Et Pierre Vent dit que la chose serait bien faite. Et il pensait bien tant faire par sa tromperie qu'il le délivrerait; mais on a dit il y a longtemps que « tel pense tromper autrui qui par semblable ou « même tromperie se laisse tromper. » Alors Pierre Vent alla à Christople, et dit au châtelain le mandement du comte, ainsi qu'il le mandait. Et le châtelain et tous les Lombards s'y soumirent; puis ils firent une trêve avec nos gens, et la jurèrent des deux côtés, jusqu'à tant que cette chose fût consommée.
622. — 1 C ajoute et molt joians. — 1 F ajoute qu'il ni vueille. — '■> CF, ne voiseni.
C23. — 1 C, ajoute et par son mauvais tarât. — 2 C,seroit délivrés. — 3 G, Quennes de Betune et si compaignon envolèrent avant pour savoir se on leur renderoit Cristople. Li ehaslelains disl que il n'en avait encore pas conseil; mais il donnaisscnl trucs tant que il en eust parlé à aucuns qui n'estoient mie là. Quennes et si compagnon do nièrent les trucs, et alerent séjourner à Drames.
624. Li Lombart avoient une grant trahison pourparlée sor nostre gent; et nostre gens, ki de riens ne se doutoient, ains estoient ' tout asseuré, s'esparsent chà et là par les casiaus. Et Lombart avoient envoie lor espies, un poi devant la mie-nuit, en un liu ù quatre de nos gens- s'estoient herbregié. Ke vaut che? Lombart lor coururent sus; si les prisent toz quatre 3. Et uns de lor siergans escapa; si vint à Dragmes, et conta monsegneur Cuenon l'aventure4, dont il ne fu mie joians. De ces quatre ki là furent pris, ensi corne vos avés oï, fu li uns Anciaumes de Biaumont, et li autres Hervius de Garer, mais les deus autres ne sai-jou mie noumer.
025. Quant Cuenes de Biethune sot ceste trahison, il monta, entre lui et Ansiel de Kaeu, por aler viers Salenyke; et enmenerent avoec aus1 le conte de Blandras. Dont laissierent Baudouin de Soriel2 à Dragmes atout trente chevaliers. Et Cuenes de Biethune et Ansiaus de Kaeu vinrent à Salenyke otout le conte; et le rendirent à Tempereour, et puis 11 contèrent toute Tœvre3.
626. De choufu li empereres mervelleusement iriés; et li cuens1 li pria por Diu ke il evust mierchi de lui. « Vous'avés, dist li empere- « res , vostre convenence faussée enviers moi , et chou ke vous avés « desiervi, si aiiés. Mais sans faille, par moi ne serés vous jà vergence dés. » Lors Tenvoia li empereres à Femperreis; et l'emperreis le livre au conte Biertoul, et li cuens Biertous l'emmaine el castiel de le Serre, et à tant le fait" enchartrer. Mais à tant laisse ore li contes à parler de lui, et retorne à Bauduin de Soriel, et as trente chevaliers ki demouré furent à Dragmes3.
627. Si comme nostre chevalier sejornoient à Dragmes, et il s'apparelloient dou ' pais garder, si lor avint un jour ke nouvieles lor vinrent ke li Lombart ki estoient dedens Cristople, venoient por les proies
624.. — 1 C. quidoient iestre: F. seur nostre gent corne ci! qui Je riens, etc. — - C. barons; E, de noyt F, des nos. — * G, li Lombart de Cristople le sorent ; si alerenl une nuit à I. kasal où ne soi juj'ts François gisaient ; si cm prisent Ml. et les en menèrent. — -i C. Quenon de Bietune la soie aventure.