‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 24 sur 326 · RETOUR DES MESSAGERS · texte numérisé non relu

RETOUR DES MESSAGERS

tées devant le doge dans le grand palais, où était le grand conseil et le petit. Et quand le doge leur livra ses chartes, il s'agenouilla pleurant beaucoup, et jura sur reliques de bonne foi de bien tenir les conventions qui étaient dans les chartes, et tout son conseil aussi, qui était de quarante-six personnes. Et les messagers à leur tour jurèrent de tenir leurs chartes, et qu'ils tiendraient de bonne foi les serments de leurs seigneurs et les leurs. Sachez qu'il y eut là mainte larme de pitié versée. Et aussitôt Tune et l'autre partie envoyèrent leurs messagers à Rome au pape Innocent, pour qu'il confirmât cette convention; et il le fit bien volontiers.

32. Alors les messagers empruntèrent cinq mille marcs d'argent dans la ville , et les baillèrent au doge pour commencer la flotte. Ils prirent ainsi congé pour retourner en leur pays, et ils chevauchèrent dans leurs journées tant qu'ils vinrent à Plaisance en Lombardie. Là ils se séparèrent : Geoffroi le maréchal et Alard Maquereau s'en allèrent droit en France; et les autres s'en allèrent à Gênes et à Pise pour savoir quelle aide on y ferait à la Terre d'outre-mer.

33. Quand Geoffroi le maréchal de Champagne passa le mont Cenis, il rencontra le comte Gautier de Brienne, qui s'en allait en Pouille conquérir la terre de sa femme, qu'il avait épousée depuis qu'il avait pris la croix, et qui était fille du roi Tancrède. Avec lui s'en allait Gautier de Montbéliard et Eustache de Conflans, Robert de Joinville, et grande partie des bonnes gens de Champagne, qui étaient croisés.

34. Et quand il leur raconta les nouvelles comment ils avaient opéré, les autres en firent bien grande joie, et prisèrent fort l'affaire, et lui dirent : « Nous sommes déjà en marche; et quand vous vien- « drez, vous nous trouverez tout prêts. « Mais les aventures adviennent ainsi qu'il plaît à Dieu, et ils n'eurent plus le pouvoir de rejoindre l'armée. Ce fut grand dommage; car ils étaient bien preux et vaillants. Et ils se séparèrent ainsi, et chacun suivit sa voi.

33. — l A. Moncenins. — - Gautier 1 il. comte de Brienne. revendiquait le comté de Lecce pour sa femme Alhérie ou Marie, lï Lie de Tancrède. — s A omet prise. — ■* A, Covelans.

34-— ' A, en firent mult. — - BCDE, Bi'ex veut. CDE omettent ce qui suit jusqueset y compris et vaillant.

35. Tant chevaucha Joffrois li mareschaus par ses jornées que il vint à Troies en Champaigne, et trova son seignor le conte Tibaut malade et deshaitié; et si fu mult liez ' de sa venue. Et quant cil li ot contée la novele cornent - il avoient esploité, si fu si liez qu'il dist qu'il chevaucherait, ce qu'il n'a voit pieça fait; et leva sus et chevalcha ;i. Alas! con granz domages ! car onques puis ne chevaucha que celé foiz ''.

36. Sa maladie crut et esforça tant que il fist sa devise et son lais; et départi son avoir, que il de voit porter ', à ses homes et à ses compaignons, dont il avoit mult de bons (nus hom à cel jor - n'en avoit plus). Et si commanda, si con chascuns recevrait son avoir, que il jurerait sor sains l'ost de Venise à tenir, ensi con il l'avoit promis. Mult i ot de cels qui malvaisement le tindrent, et mult en furent blasmé. Une autre partie commanda li cuens de son avoir à retenir por :;porter en l'ost, et por départir là où en verrait que il serrait miex ' emploie.

37. Ensi morut li cuens; et fu uns des homes del monde qui fist plus bêle fin. Enqui ot mult grant pueple assemblé de son lignage et de ses homes. Del duel ne convient ' mie à parler qui illuec fu faiz; que onques plus granz ne fu faiz por home; et il le dut bien estre, car onques hom de son aage ne fu plus amés de ses homes ne de l'autre gent. Enterrez fu delez son père au mostier de monsegnor Saint Estiene à Troies. La contesse remest, sa feme, qui Blanche avoit nom, mult bêle, mult bone, qui ère file le roi de Navarre, qui avoit de lui une filliette, et ère grosse d'un fil'.

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