CONCLUSION DU TRAITE. IQ
« Christ. Et ils vous ont choisis parce qu'ils savent'que nulles gens « qui soient sur mer n'ont aussi grand pouvoir que vous et vos gens. « Et ils nous commandèrent de tomber à vos pieds, et de ne pas « nous en relever jusqu'à ce que vous eussiez octroyé que vous « auriez pitié de la Terre sainte d'outre-mer. »
28. Alors les six messagers s'agenouillèrent à leurs pieds pleurant beaucoup ; et le doge et tous les autres éclatèrent en pleurant de pitié et s'écrièrent tout d'une voix, et tendirent leurs mains en haut, et dirent : « Nous l'octroyons ! nous l'octroyons! » Alors il y eut si grand bruit et si grand tumulte qu'il semblait que la terre s'effondrât.
29. Et quand ce grand tumulte s'apaisa et cette grande pitié (plus grande que nul homme n'en vit jamais), le bon doge de Venise, qui était bien sage et preux, monta au lutrin, et parla au peuple et leur dit : « Seigneur, voyez l'honneur que Dieu vous a fait-, car les « meilleures gens du monde ont laissé toutes les autres gens, et ont « requis votre compagnie pour faire ensemble chose aussi grande que « la délivrance de Notre-Seigneur. »
30. Des belles et bonnes paroles que dit le doge je ne puis tout vous raconter; mais la fin de la chose fut que Ton prit jour au lendemain pour faire les chartes; et elles furent, faites et copiées. Quand elles furent faites, il fut expliqué en conseil qu'on irait en Babylone, .parce que c'était par Babylone qu'on pourrait le mieux détruire les Turcs plutôt que par tout autre pays. Et en public il fut annoncé qu'on irait outre-mer. On était alors en carême (mars 1201); et de la Saint-Jean en un an, qui fut mil deux cent deux ans après l'incarnation de Jésus-Christ, les barons et les pèlerins devaient être en Venise, et les vaisseaux prêts à leur arrivée.
3 1 . Quand les chartes furent faites et scellées, elles furent appor-
;io. — 1 CDE. toutes les paroles que ti dus dist ne vos puis-je mie. — - AB. ensifina Lj chose et Je. — S A. seue que; B. devisée que. — '< A omet il en iraient jusqu'à quaresmes et. — ~' C. et i navies i estevera; I). et In navré i serait: E i estra.
3l. — 1 CDE ajoutent e* loiaument. — i CAiK. quarante nommes; F. XLV baron qui Je son eanseil estoient. On a vu plus haut (§ 25) que le grand conseil était de quarante personnes, mais, comme il pouvait se trouver là quelques membres du conseil privé, le nombre de quarante-six donné par A et H peut être maintenu.
duc el grant palais, où li granz conseils ère et li petiz. Et quant li dux lor livrâtes soes Chartres , sis'agenoilla moult plorant, et jura sor sainz à bone foi à bien tenir ' les convenz qui erent es Chartres, et toz ses conseils aisi, qui ère de quarante-six2. Etli message rejurerent les lor Chartres à tenir, et les sairemenz à lor seignors et les lor, que il les tenroient à bone foi. Sachiez que là ot mainte lerme plorée de pitié. Et maintenant envolèrent lor messages l'une partie et l'autre à Rome, à l'apostoile Innocent, pour confermer ceste convenance; et il le fîst mult volentiers.
32. Et alors empruntèrent li message1 cinc mil2 mars d'argent en la vile, et si les bailerent le duc por comencier le navile:î. Ensi pristrent congié por râler en lor païs , et chevauchierent par lor jornées tant que il vindrent à Plasence en Lombardie. Enqui se partirent4 : Joffrois li mareschaus de Champaigne et Alarz Makeriaus si s'en alerent droit en France'' ; et li autre s'en alerent à Genne0 et à Pise por savoir quele aïe il feroient à la terre d'outremer.
33. Quant Joffrois li mareschaus de Champaigne passa Moncenis1, si encontra le conte Gautier de Brene, qui s'en aloit en Puille conquerre la terre sa famé-, que il avoit espousée puis que il ot la croiz prise15, et qui ère file le roiTancré. Avec lui en aloit Gautiers de Monbeliard et Eustaices de Conflans ' , Roberz de Joenvile, et granz partie de la bone gent de Champaigne, qui croisié estoient.
34. Et quant il lor conta les noveles comme il avoient esploitié, mult en firent1 grant joie, et mult presierent l'afaire, et li distrent : « Nos somes jà meu ; et quant vos vendroiz, vos nos troveroiz toz « prez. » Mais les aventures avienent ensi con Dieu plaist-, ne n'orent nul pooir que plus assemblassent en l'ost. Ce fu mult granz domaiges ; que mult estoient preu et vaillant. Et ensi se partirent-, si tint chascuns sa voie.
32. — ! A omet li message. — - ACF donnent d'autres nombres 12000, 6000, 200). — 3B, etc., la navîe. — * BC, se départirent. — » F, là se départi G if roi le mareschal de Champaigne el Aalar; Maqueriau\, et s'en alerent en France. — 6 A. Jeene; CE. Génères : I). Jeuenes ; F. dettes.