‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 8 sur 326 · SUR LA PRESENTE EDITION. XV · texte numérisé non relu

SUR LA PRESENTE EDITION. XV

nuscrit B ne saurait être rattaché à la famille du manuscrit A, et que si un éditeur eût entrepris de le publier, il eût ajouté un quatrième Ville- Hardouin à ceux que nous possédons déjà.

Celui de M. Buchon a pour type une troisième famille, à laquelle appartiennent les manuscrits C, D, E. Le dernier, qui est resté inédit, est tout au plus de la fin du quinzième siècle, et ne saurait par conséquent avoir une grande importance; le second peut remonter jusqu'à la fin du treizième, et le premier se place à une date à peu près intermédiaire. Ces trois manuscrits, abstraction faite de quelques différences d'un ordre secondaire, offrent des traits de ressemblance tout à fait caractéristiques, attendu qu'on y trouve des séries identiques de lacunes, de phrases abrégées et de synonymes, dans des passages nombreux, autres que ceux où ces mêmes défauts altèrent le texte du manuscrit B. Quant à l'orthographe, elle a pris les formes du dialecte picard ou flamand, qui diffère essentiellement du dialecte champenois. A tout prendre pourtant, le Ville-Hardouin que nous a transmis cette troisième famille de manuscrits est préférable à celui du manuscrit B.

Le moins ressemblant de tous serait, sans contredit, celui du manuscrit/% qui constitue à lui seul une quatrième et dernière famille. Celuilà est resté en grande partie inédit, parce que M. Paulin Paris, tout en déclarant qu'il le préfère aux autres, ne s'est pas cru obligé de lui rester toujours fidèle ; il a au contraire recouru souvent au manuscrit D, dont les défauts deviennent excusables quand on les compare aux vices du manuscrit F. Une seule chose serait à préférer dans ce dernier manuscrit, ce serait la langue, qui pourrait appartenir à l'Ile-de-France, et qui en tout cas s'éloigne beaucoup moins de celle de la Champagne que le dialecte picard de la troisième famille.

Si je me suis bien expliqué, le lecteur aura compris que les trois dernières familles se distinguent entre elles par des retranchements volontaires et des synonymes qui altèrent le texte d'une façon particulière à chacune d'elles, en sorte qu'on y remarque un certain nombre de ]défauts qui, tout en étant de même nature, s'appliquent à des passages différents. Je dois ajouter maintenant qu'il y a en outre certaines lacunes, certains retranchements et certains synonymes qu'on retrouve identiquement dans ces trois familles, et en nombre assez considérable pour accuser l'existence d'un texte antérieur d'où elles dérivent. Ce texte antérieur, qui ne s'est pas conservé jusqu'à nous dans un manuscrit qui lui soit propre, pouvait être, relativement au manuscrit primitif, souche

NOTICE

commune de tous les autres, une branche principale sortie directement de cette souche commune : mais les trois dernières familles ne sont et ne peuvent être que des rameaux secondaires de cette branche. Au contraire, le manuscrit A représente à lui seul une autre branche principale, où la sève de la souche commune circule en même quantité que dans l'ensemble des rameaux secondaires appartenant aux trois autres familles.

Le manuscrit .4 est donc supérieur aux autres, d'abord parce qu'il a seul échappé aux altérations produites par des retranchements volontaires et l'emploi des svnonvmes, ensuite parce que, représentant à lui seul une branche principale, il a une importance égale à celle de tous les rameaux secondaires sortis de l'autre branche. Il en résulte que l'autorité du manuscrit A doit être prépondérante, quand les règles ordinaires delà critique ne suffisent pas à décider si un passage a été abrégé ou allongé, si une construction a été remaniée, une expression changée. C'est précisément parce que les questions douteuses se représentent souvent qu'il importe de bien déterminer la valeur de chaque manuscrit, afin de pouvoir faire comme les bons juges, qui pèsent les témoignages au lieu de les compter.

Telle est la règle générale que j'ai suivie dans cette édition ; mais, ne pouvant me flatter d'avoir toujours bien discerné les passages douteux de ceux qui ne le sont pas, j'ai voulu soumettre au contrôle du lecteur toutes les leçons qu'il lui importait réellement de connaître. S'il prend la peine de consulter les notes, il lui sera toujours possible de vérifier quels sont les passages qui ont été tirés des manuscrits secondaires, soit pour combler les lacunes du manuscrit A, soit pour en corriger les mauvaises leçons; quelles sont aussi les variantes de quelque valeur que je n'ai pas cru devoir insérer dans le texte de la première famille, de peur d'en altérer la sincérité.

Pour ne pas encombrer le bas des pages, je me suis généralement abstenu de signaler dans les notes celles des variantes qui offrent de simples différences d'orthographe, et j'y ai cité, comme appartenant à plusieurs manuscrits, toute leçon qui étant la même pour le fond, ne se distingue dans ces manuscrits que par la forme. Ces détails purement orthographiques ont trouvé place au besoin dans le vocabulaire. Là sont relevées entre parenthèses celles des leçons du manuscrit A, que j'ai abandonnées comme incorrectes: là aussi, à plus forte raison, sont reproduites jusque dans leurs variétés celles qui ne violent aucune règle essentielle de l'ancien

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français. S'il arrive quelquefois qu'une même leçon figure alternativement comme conservée et comme abandonnée, c'est parce qu'elle est citée alternativement (ainsi que la différence des renvois l'indique) d'après le texte champenois de Ville-Hardouin et d'après le texte picard de Henri de Valenciennes. En l'absence de toute indication contraire, le lecteur saura que j'ai suivi pour le premier texte l'orthographe du manuscrit A, et pour le second celle du manuscrit Z), le plus ancien de la troisième famille.

Je dois expliquer pourquoi, tout en adoptant ce dernier manuscrit pour le texte de Henri de Valenciennes, j'y ai cependant introduit un assez grand nombre de variantes purement orthographiques. Je me suis aidé et autorisé tout à la fois d'un recueil de chartes origina les de la ville d'Aire en Artois, que j'ai pu étudier à loisir, grâce à l'obligeance de M. François Morand, juge à Boulogne-sur-Mer. Qu'il me soit permis de me féliciter ici de nos relations, nouées et entretenues par notre respectueux attachement à la mémoire de M. Daunou. Pour me rendre un compte exact du dialecte de ces chartes, j'y ai recueilli un certain nombre d'observations grammaticales, que j'ai coordonnées dans un mémoire destiné au recueil de l'Académie des Inscriptions, et publié d'abord dans le tome XXXII de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes. Il m'a été facile de reconnaître dans ces chartes toutes les formes d'orthographe qui, dans les manuscrits de la troisième famille, accusent le dialecte picard, orthographe qu'il fallait proscrire du texte de Ville-Hardouin, tout en la conservant dans celui de Henri de Valenciennes. Mais, comme plusieurs de ces formes caractéristiques sont plus constantes dans les chartes d'Aire, et que tel des manuscrits les abandonne là où tel autre les emploie, il m'a paru qu'il y avait avantage à se rapprocher des règles plus uniformes dont ces actes originaux me fournissaient des exemples certains. En un mot, j'ai modifié la langue des manuscrits de Henri de Valenciennes d'après les chartes d'une ville parlant le même dialecte, comme j'avais modifié celle des manuscrits de Joinville d'après les chartes de sa propre chancellerie. Je me suis cru d'autant plus libre de recourir à ce procédé, d'ailleurs fort légitime, que je ne pouvais trouver un moyen de contrôle dans les manuscrits des deux premières familles, qui ne contiennent pas cette continuation des récits de Ville-Hardouin.

Enfin, j'ai relevé, à titre de renseignements accessoires, qui peuvent être utiles pour l'un et l'autre texte, quelques variantes contenues dans la compilation eomme sous le nom de Chroniques de Baudouin d'Avesnes,

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