‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 90 sur 326 · ALEXIS ETRANGLE PAR MURZUPHLE · texte numérisé non relu

ALEXIS ETRANGLE PAR MURZUPHLE

Hotte eût brûlé, ils eussent tout perdu; et ils n'eussent pu s'en aller par terre ni par mer. C'est le prix que leur voulut payer l'empereur Alexis pour le service qu'ils lui avaient rendu.

XLVIII. Murzuphle usurpe l'empire; Isaac meurt et le jeune Alexis est étranglé.

221. Et alors les Grecs, qui étaient ainsi brouillés avec les Français, virent qu'il n'y avait plus d'espoir de paix; et ils tinrent conseil en secret pour trahir leur seigneur. Il y avait un Grec qui était mieux venu de lui que tous les autres, et qui lui avait fait faire la brouille avec les Français plus que nul autre. Ce Grec avait nom Murzuphle.

222. Du conseil et du consentement des autres, un soir, vers minuit, que l'empereur Alexis dormait en sa chambre, ceux qui le devaient garder (Murzuphle surtout et les autres qui étaient avec lui), le prirent en son lit et le jetèrent en une chartre, en prison; et Murzuphle chaussa les bottes vermeilles par l'aide et le conseil des autres Grecs (janvier 1204). Ainsi se fit-il empereur; après ils le couron- nèrent à Sainte-Sophie. Or voyez si jamais aussi horrible trahison fut faite par nulles gens.

223. Quand l'empereur Isaac ouït que son fils était pris et celui-là couronné, il eut grand' peur, et il lui prit une maladie qui ne dura pas lontemps; et il mourut. Et cet empereur Murzuphle fit empoisonner deux ou trois fois le fils qu'il avait en prison; et il ne plut pas. à Dieu qu'il mourût. Après il alla, et l'étrangla par meurtre, et quand il l'eut étranglé, alors il fit dire partout qu'il était mort de sa mort naturelle; et le fit ensevelir comme empereur honorablement, et mettre en terre; et fit grand semblant que cela lui pesait.

224. Mais un meurtre ne peut être celé. Bientôt il fut su clairement des Grecs et des Français que le meurtre avait été fait comme

toient. — 3 CDE, erueus. — * E. se vnques mes fia faite si grant trdïson puis la Jhesu Crist.

223. — 1 AB omettent qui; C remplace ce mot par si. — - CE, si prist le fil que il avait en yrison. et le fist ; DE omettent que il avait en prison. — 3 CDE, après quant il vit chou. — * A, quant il ot stranglé. D omet en murlre, etc.

VILLE- HARDOL1N, 111. — 17

l3o CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.

avez oï retraire. Lors pristrent li baron de l'ost et li dux de Venise un parlement ; et si i furent li evesque et toz li clergiez1. A ce s'acorda toz li clergiez- (et cil qui avoient le commandement de l'apostoile le^ mostrerent as barons et as pèlerins) que cil qui tel murtre faisoit , n'avoit droit en terre tenir; et tuit cil qui estoient consentant, estoient parçonier del murtre; et oltre tôt ce, que il s'estoient sotrait de l'obédience de Rome.

225. « Porquoi nos vos disons, fait li clergiez, que la bataille est « droite et juste; et se vos avez1 droite entention de conquerre la terre « et mettre à l'obédience de Rome, vos arez- le pardon tel cum l'a- « postoiles le vos a octroie, tuit cil qui confés i morront. » Sachiez que cestc chose fu granz confors as barons et as pèlerins'.

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