‹ Conquête des Gaules analyse raisonnée des Commentaires de Jules CésarChapitre 6 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

César, ayant appris leurs projets, quitte Home, se dirige à grandes journées sur la Gaule et arrive à Genève : In Galliam ulteriorem contendit et ad Genevam pervenit. Nous lui ferons prendre, après avoir quitté Milan, la voie antique de Novare, de Vercellœ (Verceil), d 'Eporedia (Ivrée), d’Augusta Prœtoria (Aoste), de Duranlia (Moutier, capitale de la Tarantaise) , de Casuaria (Confions) et de Bautœ (Vieil- Annecy).

11 ordonne de couper le pont de Genève : pontem qui erat ad Genevam jubet rescendi, et de faire des levées dans la Province, car la Gaule ultérieure ne possédait alors qu’une seule légion.

Il paraît clair que les Helvètes n’étaient pas réunis avant son arrivée; autrement, rien ne leur eût empêché de franchir le pont et d’entrer chez les Allobroges. Ils ne tardèrent cependant pas à se présenter, et lui envoyèrent les chefs Naméius et Verudoc pour réclamer la permission de passer par la Province, promettant de n’y faire aucun dégât.

L’intention bien arrêtée de César était de leur interdire cette voie. Voulant néanmoins donner le temps d’arriver aux soldats mandés de la Province , probablement pendant qu’il traversait les Alpes, il dit aux députés qu’il délibérerait sur leur demande et qu’ils eussent à se représenter le treizième jour du mois d’avril pour avoir sa réponse. 11 gagnait ainsi quinze jours, puisque les émigrants lui députèrent dès leur arrivée, qu’ils avaient fixée eux-mêmes au 28 mars.

Pendant ce temps-là, avec la légion qui est près de lui et les recrues qui lui arrivent de la Province, il fait élever, sur une longueur de 19,000 pas (un peu plus de 28 kilomètres) : millia passuum decem novem , un mur haut de seize pieds, muni d’un fossé, depuis le lac Léman, qui se jette dans le Rhône, jusqu’au mont Jura, qui divisait alors les Ilelvétiens des Séquanes : a lacu Lemano, qui in f lumen Rhodanum in/luit, ad montem Juram, qui fines Sequanorum dividit. il flanque ce boulevard de corps de garde et de redoutes :

ex opéré perfecto præsidia disponit, castella communit, travaux qui le mettent en mesure de repousser l’ennemi s’il tente de passer le fleuve.

Les députés des Helvètes s’étant représentés le jour convenu , il leur dit que les Romains n’avaient pas coutume de livrer passage sur leurs terres , et que s’ils voulaient le faire de force il était résolu de s’y opposer.

Il est surprenant qu’une armée si nombreuse soit restée plus de quinze jours inactive, voyant surtout arriver journellement des recrues à l’armée romaine et s’élever tant de travaux importants. César, il est vrai, avait agi de ruse envers eux, car sa première entrevue avec leurs députés avait été plutôt de nature à leur donner des espérances qu’à leur faire craindre un refus.

Alors, détrompés, ils essayent de passer le Rhône tantôt de jour, mais le plus souvent de nuit , les uns sur des radeaux ou des barques jointes ensemble , les autres à gué aux endroits où il était le moins profond : Helvetii ea spe dejecti, navibus junctisque compluribus factis , alii vadis Rhodani qua minima altitudo fluminis erat, nonnumquam interdiu, sœpius noctu, si perrumpere possent. Bientôt repoussés sur tous les points par les forts et les traits des soldats, ils se voient contraints d’abandonner leur entreprise : Conati operis munitione et militum concursu, et telis repulsi, hoc conatu destiterunt.

Il est clair que César ne s’était préoccupé que de défendre le pays des Allobroges , c’est-à-dire la Province , laissant ouverte la route difficile qui menait chez les Séquanes par le Pas-de-la-Cluse , aussi ne doit-on chercher les traces de ses travaux que sur la rive gauche du Rhône, depuis Genève jusqu’au mont d’Arèze, qui n’est séparé du Jura que par le fleuve, et qu’on pouvait considérer alors comme faisant partie de la même chaîne de montagnes.

La position de ce boulevard n’est-elle pas confirmée de la manière la plus positive par le texte ci-dessus? En effet, du

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