DE L'INITIATIVE INDEPENDANTE
d'obéissance passive, interrompue par de sanglants soubresauts.
La valeur de l'initiative est faite de volonté, la volonté est le facteur éminent de la supériorité, le nègre n'en a pas; nous possédons cette faculté maîtresse, c'est la volonté qui nous a sauvés aux heures de périls extrêmes, il s'agit de savoir si nous pouvons encore vouloir.
L'utile orgueil de l'initiative indépendante est de garder pour elle toutes les responsabilités en cas d'insuccès, tandis que, si son action a été clairvoyante, elle apporte une heureuse conquête à la Patrie commune. Ces conditions de la pleine indépendance m'ont porté à entreprendre, dans quelqu'une des régions du globe non encore ouvertes à la civilisation, uneoeuvre d'initiative personnelle, toute de patriotisme, qui me fit honneur, et dont la récompense serait à toute heure dans la satisfaction de la pensée qui Tinspirait.
Cette déclaration doit être ainsi faite, parce que les adversaires de l'initiative privée, les fonctionnaires attentifs à défendre leur privilège de fait, ont tout de suite présenté comme une simple opération de commerce, limitée à son étroit intérêt, une entreprise où j'allais dépenser mon temps et ma santé pour la très haute satisfaction personnelle de servir mon pays.
Ce n'était pas là un rêve creux, mon arrière-grandpère avait fait les mêmes sacrifices, dans le même but : ses concitoyens l'en ont remercié en lui en
laissant tout Thonneur, et plus tard Napoléon I" a rendu un semblable hommage à ses travaux.
D'après mes renseignements, j'avais à choisir entre deux régions très différentes, mais toutes deux présentant à mes recherches le même attrait, des avantages semblables pour la France. C'était, en Orient, le Tonkin aux flancs de l'Empire Chinois, et dont l'occupation devait nous ouvrir les plus riches provinces de cet Empire; les voyages de l'explorateur Jean Dupuis avaient créé au Tonkin, auprès des chefs et parmi les indigènes, des relations d'amitié très favorables pour le Français qui voudrait en bénéficier; un rapport circonstancié m'expliquait l'entreprise. C'était, d'autre part, le Foutah-Djalon occupant à Tune des entrées du continent africain une situation analogue; cette situation peu connue, sur laquelle je n'avais que mes propres renseignements, était ainsi plus neuve, plus personnelle, je lui donnai la préférence, je partis pour le Soudan par le Foutah-Djalon. J'avais l'espoir de gagner la côte Est de l'Afrique après avoir reconnu le Sokoto, le Bornou ; le Foutah- Djalon me retint et m'absorba tout entier.
Je ne rapporterai pas ici les péripéties de nos voyages, — j'ai publié en leur temps les deux premiers, c'étaient alors des explorations intéressantes