‹ Conquête du Foutah-DjalonChapitre 19 sur 27 · LETTRE DU ROI DU LABE · texte numérisé non relu

LETTRE DU ROI DU LABE

Lettre de Alpha Yaya au Gouverneur Général pour rappeler ses droits à l'indépendance qu'il a conquise lui-même avant l'occupation du Foutah par les Français.

Alpha Yaya nous demanda de faire connaître au Gouverneur Général la situation que nous lui avions créée; il s'était rendu indépendant des Rois de Timbo, et craignait d'être dépossédé de sa liberté. J'écrivis ainsi cette requête du Roi Yaya, pâle expression de l'énergique et haute prière de ce chef intelligent et fort. Elle fut portée à Kayes par le même courrier qui portait les autres pièces.

Monsieur le Gouverneur Général,

Le royaume du Labé s'est depuis longtemps rendu indépendant des Almamys du Foutah-Djalon, mon père Alpha Ibrahima (Alpha Dion), Roi du Labé, Agui-Bou, mon frère et prédécesseur, et moi-même, nous avons gardé le pouvoir depuis plus de cinquante ans sans nous soumettre à la domination des chefs de Timbo.

L'an dernier, TAlmamy Bakar Biro a voulu, par la force, nfimposer sa loi, je l'ai vaincu et chassé hors du royaume, j'ai conquis mon indépendance.

Si la France aujourd'hui étend son pouvoir sur le Foutah-Djalon et soutient le Roi de Timbo, faudra-t-il donc que je renonce à la liberté que je dois à la force de mes armes, à la sagesse de mon gouvernement?

Nous avons toujours été amis delà France; Alpha Ibrahima, mon père, invitait Sanderval à visiter son

royaume; Agui-Bou, mon frère et prédécesseur, a donné à ce Français un sauf-conduit pour le protéger et le conduire jusqu'à Timbo; moi-même j'ai donné à Sanclerval une terre dans ma ville de Kadé, je l'ai autorisé à y construire des maisons pour y loger ses agents ou lui-même.

J'étais d'accord avec Sanclerval pour faciliter l'exécution du chemin de fer que l'Almamy Saury l'avait autorisé, il y a seize ans, à établir dans le pays, et pour ouvrir dès lors le Labé à la France.

Pendant ce temps, Bakar Biro, l'Almamy de Timbo, était l'adversaire cle votre présence clans le Foutah- Djalon; il refusait, Tan dernier, de reconnaître votre autorité sur le Foutah.

La France ne voudra pas, Monsieur le Gouverneur Général, me traiter en ennemi, tandis qu'elle réserverait son appui à notre ennemi commun; votre esprit de justice ne voudra pas s'interposer entre nous, contre moi, en sa faveur.

Je ne peux ni ne veux lutter contre la France, mais contre l'Almamy mon armée disciplinée et ma voix obéic assurent ma liberté.

Je vous demande, Monsieur le Gouverneur Général, de ne pas nous enlever cette liberté que le Labé ne doit qu'à lui-même.

Je confie à Sanclerval le soin cle vous faire connaître, Monsieur le Gouverneur Général, notre situation et nos désirs, ce qui est notre droit et le gage d'une paix immédiate et profonde. Mes sujets vivent en paix sous mes lois, tandis que les Foulahs cle Timbo ne m'apportent que le désordre.

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