‹ Conquête du Foutah-DjalonChapitre 8 sur 27 · COLONISER EST CIVILISER · texte numérisé non relu

COLONISER EST CIVILISER

On a prétendu que nous ne savions pas coloniser! Si par coloniser on entend exploiter un peuple vaincu, nous ne savons pas coloniser, c'est évident, et nous désirons ne pas savoir ce métier; mais si coloniser veut dire assimiler à une nationalité plus élevée, un peuple moins avancé, il apparaît tout de suite que c'est là une des facultés caractéristiques de notre tempérament.

Pour nos rivaux, c'est une qualité secondaire; si, par une cause quelconque, les Anglais étaient obligés de quitter les Indes, ils ne laisseraient derrière eux que la discorde des compétitions politiques et des déclassements sociaux qu'ils ont trouvés en arrivant dans le pays, les Indiens reprendraient leur ancienne vie, les castes ne feraient rien pour retenir les Anglais dans leurs conseils.

Lorsque autrefois les Anglais ont possédé légalement, par des alliances de famille, la moitié de la France, ils n'ont pas su se créer un ami sur le continent, parmi les peuples de la Gaule, — le temps cependant ne leur a pas manqué. — Et, aujourd'hui encore, après douze siècles de conquête, le pirate Scandinave, débarqué sur les côtes de la Grande-Bretagne, et demeuré là par surprise, violant la foi jurée, n'a pas assimilé les indigènes du territoire envahi; si le vieux pays des Brithons était rendu à lui-même, nous verrions aussitôt quatre peuples différents se grouper en nationalités indépendantes ou même ennemies.

Dans notre France, le centre national est partout, cela est certainement l'effet d'une générosité expan-

sive que Fégoïsme ne peut obtenir, et que d'ailleurs il ne recherche pas.

La méthode de nos voisins offre tout de suite des succès matériels très apparents au profit du vainqueur, mais elle n'assure pas l'avenir, elle ne prépare pas l'avènement d'une race nouvelle assimilée à la mère patrie; la révolte est en germe dans ses principes, et va grandissant. C'est la méthode égoïste d'un simple particulier qui veut promptement recueillir le prix de sa journée.

La France comprend la colonisation non moins utilement, mais d'un cœur plus généreux, d'un esprit plus haut; elle pense assurément qu'il faut mettre en valeur, c'est-à-dire cultiver les territoires qu'elle a conquis, mais elle pense en même temps qu'il faut par devoir, et dans toute la mesure possible, faire des peuples indigènes des peuples librement français. — C'est le seul moyen d'assurer pendant un temps illimité l'union que nous cherchons à établir avec la colonie.

Nous apportons à la loi du développement de l'humanité le concours que cette loi attend de nous pour continuer le progrès de l'espèce, en préparant l'avènement des peuples nouveaux qui seront Français dans l'avenir. Au-dessus des intérêts de la mise en pratique, rien ne saurait mieux encourager notre action, que notre confiance en sa juste direction; cette action est l'expression de notre devoir, elle obéit à la loi supérieure qui conduit l'humanité.

Le caractère civilisateur de notre occupation n'est donc pas secondaire dans la question, si nous le rap-

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