CHARLES, D'AMBOISE
D'A MB OISE.
Sibe, votre intérêt commande un sacrifice.
Je connais votre zèle, et je lui rends justice; Mais, d'Amboise, à ma vie est-ril temps de songer, Et Charles doit-il fuir à l'aspect du danger ? Pensez-vous qu'imitant la faiblesse commune, Mon cœur puisse changer au gré de la fortune ? Quel que soit le péril, je l'attends sans effroi.
DAM BOISE
Les peuples soulevés s'arment contre leur roi. Conradin va paraître, et Naple est sans défense. Qu'espérez-vous, seigneur?
CHARLES
La mort ou la vengeance.
Ce trône est ma conquête, et je veux aujourd'hui Prévenir sa ruine ou tomber avec lui.
D AMBOISE
Je frémis, malgré moi, du sort qui vous menace.
CHARLES
Quoi! du fils de Conrad, loin de punir l'audace, J'irais, de mes revers lâchement effrayé, A la cour de mon frère implorer sa pitié ?
Sans doute , je suis fier du saint nœud qui nous lie J'admire ses vertus , que l'univers publie :
Prince et législateur, Louis est à-la- fois Le père de son peuple et l'arbitre des rois.
Mais ne songez-vous plus que sa vertu sévère Toujours dans ses projets a condamné son frère? A sa cour, dites-moi, quel sort m'est réservé? L'ignorez- vous encor? Près du trône élevé, Le frère du monarque, au sein de la puissance, Entre ce trône et lui voit un abyme immense; • Toujours au second rang il doit borner ses vœux. Et, lorsque les destins me sont moins rigoureux, Paris me reverrait, déchu du rang suprême, Promener dans ses murs un front sans diadème! Par d'indignes conseils cessez de m'outrager/
D* AMBOISE
Tout fuit, tout vous délaisse en ce pressant danger. Des guerriers que sa flotte apportait au rivage , Philippe, loin du port, enchaîne le courage.
CHARLES
J'entrevois son espoir; il sera confondu :
Rome encor me protège , et Roger m'est rendu.
d' AMBOISE.
Quoi, seigneur, du pontife ignorez-vous la fuite?