ACTE III, SCÈNE IL
Sa main, oisive encor, n'a pas saisi son glaive;
Il errait au hasard : un cri lointain s élève.
Terrible, il reconnaît Philippe et ses soldats.
« Ah! de mon désespoir tu ne jouiras pas ,
Dit-il; « ne pense pas que ma fureur te laisse
« Le prix qu'ose espérer ta fatale tendresse ! »
A ces mots , l'œil farouche et le fer à la main ,
Parmi les combattants il s élance soudain.
Je ne vous peindrai point ses exploits, sa vaillance,
Les vainqueurs à leur tour fuyant en sa présence;
La foudre est moins terrible et ses effets moins prompts ;
Sa voix a ranimé nos faibles bataillons.
Suivi de ces Français dont le noble courage ,
Sans reculer d'un pas , avait bravé l'orage,
Il court , sème par-tout ou la mort ou l'effroi :
De ce vainqueur nouveau tout reconnaît la loi;
Tout fuit sans opposer une audace impuissante ;
Et lorsque , parvenus sur l'arène sanglante ,
Les guerriers de Philippe à Charles sont unis ,
Ce monarque déjà n'avait plus d'ennemis.
CONSTANCE
Hélas! ce cœur long-temps à l'amertume en proie, S abandonne en tremblant à l'excès de sa joie.... Du jeune Cônradin sait-on quel est le sort?
osvald.
Ses gardes l'entouraient fleur courageux effort Des vainqueurs irrités a trompé la colère.
Ils sont tous dans les fers; mais il fuit, et j'espère Que loin des murs de Naple il a porté ses pas.
Achève, juste ciel! ne l'abandonne pas.
Quels que soient les revers que ce jour m'a fait craindre, Puisqu'il est malheureux, je ne dois que le plaindre... Mais qu entends-je ? quel bruit ?
OSVALD.
Ce sont les prisonniers Qui près de Conradin combattaient les derniers. L'ordre du roi sans doute en ce lieu les amène.
CONSTANCB.
Peut-être notre aspect irriterait leur peine; Sortons; ne cherchons point à paraître. à leurs yeux.
# ( Us sortent.)