SCÈNE IV
ROGER, CONRADIN, prisonniers, gardes.
LE PRISONNIER
Roger paraît; ses yeux semblent verser des pleurs.
CONRAD In.
Hélas ! et quel regret peut causer ses douleurs ? Est-ce donc la l'orgueil qu'inspire la victoire ?
ROGER
(à son approche, les gardes s'éloignent.) Ciel ! quels noms odieux vont flétrir ma mémoire!.... Où fuir P Et dans quels lieux éviter désormais L'aspect des malheureux que ma fureur a faits? Trouverai-je par-tout de nouvelles victimes ?
( aux prisonniers. ) Vous, qu'a trahis le sort, ô guerriers magnanimes,
ACTE III, SCÈNE IV. 3 7 Parlez % dans ce palais quel ordre vous conduit ?
LE PRISONNIER
Des arrêts du vainqueur n'êtes-vous pas instruit, Seigneur?
lOGER.
Qu'ordonne-t-il? * .• .
LE PRISONNIER
Notre crime , peut-être, Est d'avoir défendu notre malheureux maître !
Quoi! nies amis, c'est vous, quoi! c'est votre secours Qui du fils de Conrad a conservé les jours l Ah! vous ne savez pas combien il m'intéresse!
coNRAniN, à part.
Lui! Grand Dieu!
LE PRISON NIBR.
Quel mystère !
coNRiDiK, a part. «
Û divine sagesse!
Ne trahis pas l'espoir de ce cœur «perdu !
{a Roger.) Puis-je vous demander P....
. O ciel! cm'ai^je éntendu?
Me trompez-vous , mes yeux ?.. . Cette modeste armure.. .
C ON RABIN.
Ah ! mes pressentiments trahissaient la nature. Je n'en puis plus douter, c'est lui, lui que je voi.
Est-ce toi, Conradin?
CONRiDINi
Frédéric, est-ce toi?
ROGER
IMon cœur suffit à peine aux transports qu'il éprouve.
CONRÀDTN.
Dans quel moment, hélas! ton ami te retrouve! Tu vois quel est mon sort.
ROGER
C'est moi, c'est ma fureur....
Cruel et doux moment et de joie et d'horreur! Frédéric, sais-tu bien, lorsqu'un bruit infidèle M'apporta de ta mort la fatale nouvelle , Sais-tu que ton ami, de chagrins abreuvé, Près du tombeau désert,' par ses mains élevé, Abandonna long-temps le dessein magnanime De conquérir son trône usurpé par le crime ?
Enfin, contre un tyran justement indigné, , Je jure d'affranchir mon peuple infortuné :
Je parais : l'Italie, à ma voix, est soumise; Des fureurs de Clémept je délivre l'église ; Charles , Charles lui-même est près de succomber.... Au coup qui l'attendait tu viens le dérober ; La victoire , à mon char jusque alors enchaînée , Vers le parti contraire est soudain entraînée. Quel destin ennemi t'a conduit en ces lieux ?
Ah! je ne prétends point trouver grâce à tes yeux. Jj'amour, l'amour jaloux m'a poussé dans l'abyme. Mais ne crois pas du moins qu en commettant le crime