ACTE I, SCÈNE IL
Te le dirai-je enfin I* Vainqueur sans résistance, Conradin, en deux jours, a franchi la distance Qui sépare Capoue et les champs des Romains.
Ses partisans nombreux couvrent tous les chemins: Avant la fin du jour nous le verrons peut-être.
OSTALD.
Quoi, seigneur, en ces lieux Conradin va paraître?
Ce trône quaux Français vos exploits ont soumis,
Au légitime roi serait enfin remis ?
Pardonnez-moi, seigneur; je servais sous son père,
Lorsque du Vatican le pontife sévère,
Au nom de l'Eternel exerçant ses fureurs ,
Ravit le diadème au sang des empereurs.
Quels maux, depuis ce temps, furent notre partage
Mainfroirde son pupille usurpe l'héritage;
Adopté par l'église, et vengeur de la foi,
Charle à son tour se montre, et dépouille Mainfroi.
Charle, ami du pontife, et frère d'un grand homme
Vous doit plus, je le sais, qu'à la faveur de Rome:
Pour le comte d'Anjou vous avez combattu ;
Mais du noble Roger je connais la vertu :
Son amour pour ses rois égale sa vaillance.
S'il eût de Conradin soupçonné l'existence,
Le généreux Roger, devenu son appui,
Eût défendu sa cause et combattu pour lui.
ROGER
Va, tu n'en peux douter; va, connais un mystère, Qu'à ton zèle éprouvé Roger ne doit plus taire; Instruit du feu secret dont je suis dévoré, Connais tous les combats de ce cœur déchiré.
Sans doute, en ce palais, on aura dû Rapprendre Qu'au jeune Conradin 1 amitié la plus tendre Unissait autrefois, dans ces mêmes remparts, Un prince, comme lui descendu des Césars.
Si l'empereur Conrad du premier fut le père, L'autre reçut le jour de son auguste frère ; Frédéric fut son nom; ainsi que leurs revers, Leur amitié fidèle a rempli l'univers:
Du Vatican tous deux ils furent les victimes.
OSVALD.
Pourquoi renouveler des regrets légitimes?
Frédéric ne vit plus, il mourut dans vos bras ; Et c'est par vous que Cliarle a connu son trépas) Vos yeux l'ont vu périr aux champs de la Syrie.
^ ROGER
Osvald!...
OSVALD.
Vous vous troublez; la fortune ennemie A-fc-elle respecté des jours si précieux ?
Respire-t-il encore ?
ROGER
Il est devant tes yeux.
OSVALD.
Vous, seigneur!
ROGER
En tes mains tu tiens ma destinée ; Juge, Osvald, s'il en est de plus infortunée. Sans doute Conradin n'a point perdu ses droits; L'amitié dans mon cœur fait entendre sa voix; Mais d un amour funeste esclave involontaire ,