ACTE I, SCÈNE IL
A son joug adoré qui pourra me soustraire?
J'aime, je suis aimé, pardonne à ma douleur.
Oui, la 611e de Charle a subjugué mon cœur:
Constance est tout pour moi , je ne vis que pour elle.
osv ALD.
Auprès de Conradin l'amitié vous appelle; Dans les bras d'un ami vous dompterez l'amour. Mais comment?....
ROGER
Juge-moi, mon cœur est sans détour.
Au sort de Conradin je vis ma destinée Par les nœuds les plus doux dès l'enfance enchaînée. Mais poursuivis par Rome, et redoutant toujours La main du fanatisme armé contre nos jours, Nous fûmes séparés; et des maux de l'absence Le terrible anathême accrut notre souffrance. Vers les bords du Jourdain , près de Charles conduit, De ma mort dans son camp je répandis le bruit; Sous le nom de Roger je cachai ma misère.
Constance sur ces bords avait suivi son pèrfe; A ce prince deux fois mon bras sauva le jour. Mais aux champs de l'Europe a peine de retour, J'appris, il t'en souvient, qu'un monstre sanguinaire, Que Mainfroi , non content du meurtre de son frère, Avait sur Conradin étendu sa fureur.
Osvald, ce bruit funeste, en déchirant mon cœur, Du sceptre de Conrad semblait me laisser maître : Mais dans ces temps affreux, qui m'eût voulu connaître ? Comment seul et proscrit conquérir mes états? A mon courroux d'ailleurs ne suffisait-il pas
Que Mainfroi, dépouillé d'une horrible puissance r
Reçût de ses forfaits la juste récompense?
Par le pontife alors Charles fut nommé roi.
Je combattis pour lui, ne pouvant rien pour moi :
Conradin fut vengé ; je vis d'un œil tranquille
L'envoyé de Clément régner sur la Sicile.
Juste ciel ! dois-je aimer ou haïr tes décrets?
11 vit , le confident de mes premiers secrets !
Il vit!... c'est contre lui qu'aveugle en mon courage r
Je venais des Césars défendre l'héritage.
Mon bras allait frapper un si cher ennemi.
Qu'ai-je appris, malheureux ! tout mon cœur a frémi.
Jadis, à ce récit, j'eusse expiré de joie!