‹ Conradin et FrédéricChapitre 9 sur 58 · ACTE I, SCÈNE III. n · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. n

CONSTANCE

Constance à votre cœur n'est-elle donc plus chère?

ROGER

Grand Dieu ! quel doute affreux! le pouvez-vous former?

CONSTANCE

D'un sinistre avenir pourquoi donc m alarmer? Pourquoi ce cœur si grand, vaincu par la tristesse, À l'espoir qui me luit se ferme-t-il sans cesse ?

Ah! songez quel est Charle, et combien le malheur Doit aigrir aujourd'hui son austère rigueur.

Pensez-vous attendrir ce monarque inflexible ?

CONSTANCE

Quoi , seigneur, son courroux est-il donc si terrible ? Ce maître impérieux, du moins jusqu'à ce jour, N'a point à son orgueil immolé mon amour ; Il ne m'a point soumise à la loi redoutable Qui, des filles des rois arbitre irrévocable, Sur un trône souvent les traîne avec splendeur, Pour y porter la paix qui n'est plus dans leur cœur. Ah! songez à ce temps où, dans Naples charmée, Vos triomphantes mains guidèrent notre armée. Ne le vîtes-vous'pas, cédant à mes efforts, Deux fois, par ses refus, éloigner de ces bords Ce prince courageux que Madrid a vu naître , Ce guerrier, qu'à sa fille il destinait peut-être. Philippe ••••

ROGER

Juste ciel ! quel nom prononcez-vous ?

Philippe!....

1a CONRADIN ET FRÉDÉRIC.

CONSTANCE

Eh quoi , seigneur, d'où naît votre courroux ? Éloigné de nos murs....

ROGER

Ah ! malgré son absence , Puis-je de son amour oublier l'insolence?

Des maux que j ai soufferts le fatal souvenir Dans l'horreur du passé «me montre l'avenir. Grand Dieu ! si dans son cœur l'espoir allait renaître ? Sur ces bords aujourd'hui s'il osait reparaître!...

CONSTANCE

Quel vain pressentiment?...

ROGER

Doutez-vous que ma main Ne prévînt à vos yeux son coupable dessein?

( à part,)

Malheureux ! où t'emporte une impuissante rage? Songes-tu que bientôt tu vas fuir ce rivage?

CONSTANCB.

Seigneur, s'il arrivait que cet horrible jour Du prince de Castille éclairât le retour; A le suivre à l'autel si j'étais condamnée, Moins que vous, dites-moi, serais-je infortunée? N'en doutez pas, d'un père affrontant le courroux, J'irais, pour le fléchir, embrasser ses genoux. Je lui rappellerais, les yeux mouillés de larmes, Les Sarrasins fuyant au seul bruit de vos armes, Ses jours deux fois ravis au fer du Musulman , De l'odieux Mainfroi le juste châtiment; Palerme reconquise, et Naples délivrée,

A GTE I, SCÈNE IV. i3

Et sur-tout ces chrétiens vaincus dans Césarée, Qui, d'un trépas honteux sauvés par votre bras, Vous choisirent pour prince au sortir des combats. Seigneur, voilà vos droits; et déjà mon courage D'un heureux avenir ose entrevoir l'image.

Malgré l'orgueil du rang où le sort l'a placé, Charles de mon aveu ne peut être offensé. Lui-même de mon cœur imitant la faiblesse Semble justifier l'excès de ma tendresse.

Cette cour vous révère, et chaque jour le roi, Par de nouveaux honneurs, vous rapproche de moi.

ROGER

Ah! vous me rassurez; mon aine s'abandonne Au consolant espoir que votre amour lui donne. Du sort en ce moment qui peut craindre les coups? Vos accents ont pour moi le charme le plus doux, (a part,)

Pour la dernière fois je les entends peut-être !

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