‹ Conradin et Frédéric, tragédie en cinq actesChapitre 40 sur 61 · O S V A LD · texte numérisé non relu

O S V A LD

Dans vos nobles projets l’amitié vous inspire ;

Elle guide vos pas.

ROGER

Osvald , dans ce délire

Où me plongeait mon crime et la voix d’un ami, Contre un penchant trop doux je me crus affermi. Brûlant de renoncer à l’erreur qui m’engage,

Sans doute le remords me tint lieu de courage ;

Mais tout près de remplir ce généreux devoir,

Je ne sais tout-à-coup quel funeste pouvoir A ces lieux que je fuis prête un charme suprême : Tout paraît s’embellir des traits «le ce que j’aime;

Et jamais cét amour, dont tu me crois vainqueur. Plus puissant et plus cher n’a régné sur mon cœur. Rassure-toi pourtant, et garde-toi de croire Que je lui cède encore une lâche victoire.

Tu ne me verras point, vers ces tristes remparts , Détourner en fuyant de coupables regards.

J’ai trahi Conradin ; après ce crime horrible ,

A quel autre malheur pourrais-je être sensible? Privé de ses états , fugitif, sans appui ,

Dois-je verser des pleurs sur un autre que lui ?

Noble et cher Conradin, pour ton cœur magnanime, C’était peu de me plaindre et d’excuser mon crime;

A mon bonheur encore attaché malgré moi ,

De rester en ces lieux tu m’imposais la loi!

Non, généreux ami, non, je prétends te suivre;

48 COiNRAÜIN ET FRÉDÉRIC.

Par-tout où tu vivras mon destin est de vivre :

J’ai causé tes malheurs, je les veux adoucir. Allons, Osvald, allons, il est temps de partir. Quel bruit !.. •

OSVALD.

On vient à nous.

ROGER

Se peut-il qn a cette heure ,

Durant la nuit?..

OSVALD.

De Charle on ouvre la demeure.

C’est lui-même , seigneur ; de farouches soldats Se pressent en tumulte au-devant de ses pas; L’air sinistre et rêveur, vers ces lieux il s’avance.

ROGER

Ami , ne tardons plus , évitons sa présence.

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