ACTE V, SCÈNE I
d’ A M n OISE.
Ainsi, quand vos états lui servent de refuge,
Des actions d'un roi Clément veut être juge?
Il vient dans votre cour vous imposer des lois.
Mais devez-vous, seigneur, léeouter?
CHARLES
Je le dois.
La victoire, d’Amboise, a couronné mes armes;
Mais le trône est toujours environné d’alarmes.
Je connais le pontife et je crains ses terreurs.
Voyez, depuis Henri, le sort des empereurs.
Quels que soient leurs forfaits, le plus grand fut peut-être , D’avoir bravé dans Rome un redoutable prêtre :
Leur puissance sur-tout a causé leurs revers.
Et moi chef ou soutien de vingt peuples divers Qui , des bords du Jourdain aux champs de la Provence De mon sceptre aujourdhui fais sentir l’influence;
Fils de Philippe- Auguste et patrice romain,
Je me sens menacé d’un semblable destin.
De Clément, croyez-moi, la prudence inquiète Redoute ma victoire autant que ma défaite;
11 n’attend qu’un prétexte et cherche à m’accabler. Jamais impunément on ne l’a fait trembler.
J’entrevois son projet : si ma fierté rebelle Un jour s’affranchissait d’une austère tutelle,
Du prince contre moi se faisant un appui,
Vous le verriez bientôt se déclarer pour lui.
Mais il est un moyen de détourner la foudre.
d’amboise.
Quoi ! sire , à pardonner vôus pôurriez vous résoudre?
6a CONRADIN ET FRÉDÉRIC.
Conradin viendra-t-il une seconde fois Vous disputer le trône et réclamer ses droits?
CHARLES
Je l'attends en ces lieux ; je vais avec prudence De mes secrets desseins lui faire confidence.
S’il aime encor la vie, il les doit approuver.
C’est à lui de m’entendre , et je puis le sauver.
S’il résiste, il suffit; écoutons la justice.
Vous connaissez mon ordre, il faut qu’il s’accomplisse. Après de vains efforts, Charles ne prétend pas Sauver un insensé qui cherche le trépas.