AVANT-PROPOS
U ouvrage que nous présentons aujourd'hui aux lecteurs nest pas à proprement parler un livre d'anal^se^ mais plutôt un essai de synthèse. En Vécrivant, nous n avons pas eu d'autre intention que de replacer la conscience de certains catholiques en face de leurs obligations sociales un peu trop oubliées, ou simplement négligées.
Loin de nous la pensée de diminuer la valeur matérielle des efforts tentés par tous ceux qui, en dehors de toute considération morale ou religieuse, travaillent à réveiller autour d'eux le sens social par des mo};ens purement économiques ou politiques. Mais nous avons la conviction qu aucune restauration économique ou politique n aboutira à de sérieux résultats si elle nest accompagnée et fortifiée par une profonde restauration morale. Car la crise sociale que nous traversons est au premier chef une CRISE DE CONSCIENCE.
Bien des causes ont contribué à la déclancher, puis à Vaggraver. Parmi les plus efficaces, il faut signaler en même temps quune ignorance religieuse quasi universelle^ Vinfluence détestable exercée, sur les âmes ignorantes en particulier, par des doctrines économiques telles que le LIBÉRALISME et le SOCIALISME.
Ce sont surtout ces doctrines qui, à force de prôner sur tous les tons LE FAUX DOGME DE l' AUTONOMIE IN-
DIVIDUELLE et d'essayer de le justifier par des constructions svstématiques contraires aux données les plus authentiques de la raison et de Vexpérience, ont fini par fausser les consciences chrétiennes elles-mêmes en les enfermant en quelque sorte inconsciemment dans le cercle étroit et vicieux de leurs égoïsmes d^ndividus^ de partis ou de classes.
Ainsi s'explique ce fait étrange que tant de catholiques en soient arrivés de nos jours à ne plus même soupçonner la nature et Vétendue de leurs devoirs de charité et de justice, à confondre trop souvent ces deux ordres pourtant bien distincts d*activité morale. On a l'impression qu'ils se croient quittes de tous leurs devoirs de charité envers le prochain lorsqu'ils ont fait l'aumône, ainsi que de leurs devoirs de justice lorsqu'ils n'ont (( ni tué ni volé )).
Une conception aussi individualiste de la vie chrétienne reste inadmissible en tout temps, mais elle l'est plus encore dans un temps comme le nôtre, où c'est le devoir strict de tout catholique, en face de besoins sociaux immenses à satisfaire dans l'intérêt même des individus, de faire servir la charité chrétienne à V accomplissement de toute justice, et la justice à son tour au rayonnement bienfaisant de la charité.
C'est pourquoi nous nous sommes appliqué, tout le long de cet oirorage, à réveiller dans les consciences catholiques le SENS SOCIAL que l'individualisme ^ a émoussé, en montrant, avec saint Thomas, qu'un CHRÉ- TIEN DOIT ÊTRE d'autant PLUS JUSTE, DANS LA SO-