PARTIE U. — FOI AU DEVOIR. — LIVRE V
une tortue et la tortue sur rien ^ Repoussons ces er* reurs.
Croyons à Texisteuce spéciale du devoir. L'humanité tout entière pense , agit^ parle sous l'impression de cette croyance.
169. L'humanité pense sous l'impression de la foi au devoir. — D'une part elle inflige le blâme à celui qui nuit au prochain , et elle croit au remords dont il est déchiré. « Ces sentiments ne sont pas un instinct c< de la peur, réaction de l'égoïsme , que cause la « perspective d'un danger pour nous-mêmes ; car « nous pouvons être parfaitement à l'abri et le savoir. « Ce n'est pas non plus pitié pour la victime, puisque, « si le coupable était fou, quand nous l'apprenons, « toute émotion s'efface *. » — D'autre part l'humanité réserve à celui qui rend ce qu'il doit au prochain l'estime, la louange, le respect, l'admiration; elle croit en outre qu'il a le contentement de lui-même.
170. L'humanité agit sous l'impression de la foi au devoir. — Prenons-la sur le fait. Nous la voyons se scinder en nations. Dans chaque nation, on confie à certains mandataires, appelés législateurs, le soin d'étudier les applications du devoir et de les formuler en règles. Les applications que la société proclame ainsi prennent le nom d'obligations; celles qu'elle oublie ou qu'elle omet à dessein de proclamer gardent le nom de devoirs proprement dits. Les premières sont garanties par une sanction intérieure et extérieure,
* Comte, Traité de législation (liv. I, chap. vi).
' Boisseau, Des Peines (Thèse soutenue à la Faculté de droit de Paria).
150 CONSCIENCE ET 6GIENCB DU DEVOIK.
les autres par une sanction intérieure seulement. Mentionnons ici ce point, sur lequel nous reyiendrons plus d'une fois.
171. Enfin, l'humanité parle sous l'impression de la foi au devoir. — A côté des mots devoir, direoiion de la liberté, elle multiplie les synonymes pour exprimer son idée la plus chère ^ . Citons notamment les locutions : 1* lois proprement dites, ou lois; 2« distinction du bien et du mal mx>ral; 3<^ distinction du bien et du mal proprement dits ; 4* distinction du bien et du mal.
i^ Lois proprement dites, ou lois. — Nous avons vu précédemment la grande généralité du mot lois.
Or les lois se divisent en deux grandes classes : les lois physiques, irrésistibles, qui régissent fatalement les êtres matériels, grains de sable du rivage des mers, ou soleils éclairant des mondes; et les lois morales, non irrésistibles, qui montrent à la volonté intelligente une route dont elle est maîtresse de s'écarter.
Les lois morales, sans doute à cause de leur importance qui les élève au dessus de toutes autres, ont été abusivement désignées sous le nom de lois proprement dites, et même sous le nom de lois sans autre addition.
2^ Distinction du bien et du mal m^ral; 3^ du bien et du mal proprement dits ; l^ du bien et du mal. r^ De même que les lois sont physiques ou morales, de même robservation ou la violation des lois
i a Connaissez-vous une langue, un peuple, qui ne possède le mot de « vertu di8intére$iée? » (Cousin, Le VraU le beau, le Men, 11* leçon.)
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physiques produit le bien ou le mal physique, et l'observation ou la violation des lois morales produit le bien ou le mal moral. — Et, de même qu'on a donné aux lois morales le nom de lois proprement diteSy ou de lois sans autre addition, on a donné au bien et au mal moral, à Tobservation ou à la violation du devoir, le nom de bien et mal proprement dits y ou de bien et de mal sans autre addition ^ Nous ne pouvons blâmer cette manière de parler. Un grand enseignement philosophique s'y trouve : c'est que le degré le plus saillant du mal, est la dépravation de l'être libre, dépravation qui consiste à préférer avec discernement la direction mauvaise à la direction bonne de sa liberté.
< On 6e sert encore, pour désigner la distinction du bien et du mal, de l'expression : distinction du juste et de V injuste. Il vaudrait mieux l'éviter.
La justice et l'injustice sont, comme nous le verrons, des états de l'àme. C'est l'homme qui est juste ou injuste. En appelant le juste l'ensemble de la conduite de l'homme juste, et l'injuste l'ensemble de la con« duite de l'homme injuste, on fait un abus de mots.