‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 110 sur 301 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I. i · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE I. i

Comment le croire ?. . . J'apprécie, suivant mes goûts particuliers, les éléments de mon bien-être. Vous faites de même. Mais il n'y a pas part pour nous deux!... Et vite aux armes ^ ! puisque la justice, suivant l'expression de Carnéade, n'est plus que « la sottise suce préme d'un homme désireux du plaisir d'autrui et « oublieux du sien * ! » — Oui, mais la réaction viendra punir celui qui aura triomphé par les armes. Contre tout égoïsme satisfait, représailles de l'égoîsme vengeur'. Chacun, tour à tour tyran puis victime, aujourd'hui moucheron vainqueur du lion, trouvera demain la toile d'araignée pour expier sa victoire. — Au lieu de la conservation désirée, quel sera le résultat? L'extermination.

Puis, obligé de tout conquérir par lui-même, sans pouvoir centupler ses forces par l'assistance bienveil- • lante de ses semblables, chacun n'obtiendra que les plus minces résultats. « Il offrira, au sein de l'uui- (i vers, l'effrayant assemblage d'une convoitise îlli- « mitée et d'une impuissance infinie *. » — Au lieu du perfectionnement souhaitable, que verrons-nous apparaître ? La dégradation, a Quand chacun est son (( propre centre, tous sont isolés. Quand tous sont « isolés, il n'y a que de la poussière. Quand Torage « arrive, la poussière est de la fange ^. »

*■ a Numquid ambulabunt dao pariter, niai convenerit eis. »

(ÂMOS, chap. III, vers. 3.)

« Cic, Rep., lib. HI, — Lactant., Div, Instit.^ lib. V, cap. xti, no» 3, 4.

' Formidandae... tôt ultorum manus. (Cumberland, De legib» naturœ.)

^ Louis Reybaud.

3 Benjamin Constant, De la religion (préface).

Enfin 9 si la devise de Brennus j vœ victis l derient la règle de la vie» alors la jouissance sans sécurité» les jours sans repos, les nuits sans sommeil passées à faire sentinelle pour garder de périlleuic trésors, ne produiront plus qu'une succession de supplices. — L'intelligence, la volonté, la sensibilité ell^ même^ impuissantes pour avoir trop demandé , au lieu du bonheur à obtenir» que pourront-elles réaliser? liÇ malheur*!

Croire que le prétendu équilibre des forces des égœsmes suffirait pour constituer un ordre, c'est croire que la main d'un enfant^ en secouant les verroteries du kaléidoscope, produira un résultat possible à prévoir; c'est lancer sur la mer un vaisseau sans rames ni voiles» sans boussole ni pilote» et lui donner pour gouvernail le mouvement lui-môme des flots mêlant perpétuellement leurs tourbillons. « Ou tout le monde c( veut être libre, tout le monde est esclave» » dit un orateur sacré, ta contre-partie de cette proposition est dans cette phrase de Montesquieu : « L'homme a n'est jamais plus libre que quand il assujétit ses passions à la raison ^, » — Si la sensibilité ne peut di" riger l'individu {Voir, ci-dessus, n^ 45)» la lutte des sensibilités ne dirigera pas les individus réunis.

1 « Qu'est-ce que les peines? Des désirs qui surpassent nos forces. Les « Orientaux racontent qu'Oromase apparut au vertueux Osbeck, et lui dit : c Fonne un souhait, je l'accompUrai. -* Seurca da lumière, répondit le « sage, j^ te demande de borner mes désirs aux seuls biens dont je ne puis « manquer. » (Droz, Essais sur l'art d*être heureux, chap* |.)

* « Deo parère summa libertas est, » a dit Spinosa. H faut retenir cotte belle parole, mais sans lui donner la portée fataliste qui jrésulte du panthéisme de l'auteur.

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