‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 139 sur 301 · PARTIE m. — CONSGIENGE DU DEVOIR. -^ UVRE H. tl · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSGIENGE DU DEVOIR. -^ UVRE H. tl

exister à côté de la révélation positive. Il lui suffit pour cela d'apercevoir deux faits incontestables.

Le premier, c'est la nécessité d'une lumière morale autre que la révélation positive, pour les hommes qui ont vécu avant cette révélation. Veut-on faire remonter la perfection de celle-ci, en ce qui touche le devoir, plus haut que Tère chrétienne ? jusqu'au décaloguô

gravé sur les tables du Sinaï? Plus haut encore?

jusqu'aux sept préceptes donnés aux enfants de Noé, dont les traditions hébraïques font mention S et sur lesquels Selden a voulu fonder touLle droit de la nature et des gens? Qu'importe? Une loi naturelle

préalable apparaît toujours comme indispensable, au moins pour les temps qui ont précédé Noé ^. (A moins, comme cela a été soutenu, qu'on ne voie une première révélation chrétienne positive dans toutes ciennes mythologies.)

Le second fait à reconnaître, c'est la nécessité d'une lumière morale autre que la révélation positive, dans les lieux où celle-ci n'est point parvenue. L'Ancien Testament n'a été connu que dans une portion limitée du globe ^. Il en a été de même du Nouveau pendant

* Plusieurs Pères de l'Église, quelques autres écrivains de l'Orient et les rabbins appellent ces préceptes : Lois des Noachides ou de la postérité d$ Noé,

V. Barbeyrac sur Grotius (liy. II, chap. i, S 15) ; Hubner, Essai sur l'histoire du droit naturel (partie II, § 3).

* Dans tout ce que contient la désolante philosophie d'Helvétius, il y a au moins deux lignes à emprunter. Ce sont celles où, plus attentif que bien des spiritualistes à glorifier la Divinité, il signale comme impiété la pensée que Dieu « ait pu laisser manquer le genre humain, pendant longtemps, « des connaissances nécessaires. »

' « Traditiones JudaBornm... non toti pariter generi humano innotus» « runt. « (CuiiBBRLAin>, De lêf/ibui nuturm,)

%îe CONSCIENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.

quiuze siècles. De dos jours, il n'a point pénétré dans les régions qu'il reste aux voyageurs à découvrir, et chez les peuplades dont le dévouement des missionnaires a encore à affronter la cmauté ^

En conséquence, Tertullien affirme l'existence d'une révélation naturelle : Ante legem Moysis receptam^ legem fuisse contendo non receptam^ quœ naturaliter intelligebatur *•

226. C'est cette révélation naturelle, si la conscience pouvait l'oublier, que la révélation positive est venue reproduire et populariser : a Ainsi que le c< dit l'Ëvangile, quand le christianisme parait, il ne « vient pas détruire la loi, mais l'accomplir. De même fic il ne vient pas détruire le fruit humain de la pensée <x philosophique, mais le mûrir ^.» — La saine philosophie avait écrit de toute éternité, au fond des cœurs, ces grandes vérités : « Omnia quœcumque vultis ut « faciant vobis homines, et vos facite illis. Hœc

1 « Gmn qui legem non liabent, naturaliter ea qusB legis sunt fa-

« ciunt..... sibi sunt lex. »

(Saint Pacl, Epitre aux Rtnnains^ II, 14.)

* Adv, JudœoZy cap. ii.

^ s M. Tabbé Gratry, De la connamanu de DieUy part I, chap. iv.

Les premiers Pères de l'Église étaient si persuadés de cette identité des deux i^vélations, quMls admettaient Tobéissance à Tune comme équivalent de l'obéissance à l'autre.

« Tous les hommes qui ont vécu ou qui vivent selon la raison sont véri- « tablement chrétiens et à l'abri de toute crainte. » (Saint Jdst., Apol. ii.)

« Gloire, honneur et paix à tous ceux qui ont fait le bien, soit juifs, soit « chrétiens. » (Saint Ghrys. , homél. 36,37.)

« Le^uste ne diffère point du juste» qu'il ait ou qu'il n'ait pas vécu sous « la loi. » (Saint Gléuent d'Alexandrie, Stromat. vi.)

Nous empruntons ces citations à Benjamin Constant {De la religion, t. I, pag. 62).

Comparez Tennemann (Manuel de V histoire de la philosophie, § S31).

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