‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 148 sur 301 · PARTIE IIL — CONSaENCE DU DEVOIR. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IIL — CONSaENCE DU DEVOIR. — LIVRE III

perpétua voluntas indiquent, non pas le fait de Texistence isolée de tels ou tels actes bons, mais l'état habituel de rame bien résolue à accomplir une série indéfinie d'actes bons. Il ne suffit pas d'avoir une louable intention tel jour pour prétendre qu'on observe la justice^ comme il ne suffit pas d'être brave tel jour pour prétendre qu'on a du courage. c< Les vertus et « les vices ne diffèrent des devoirs et des péchés que ce comme les habitudes diffèrent des actions ^ »

232. La justice est l'amour du devoir. Mais ce mot amour du devoir désigne une abstraction. Transformons cette abstraction en réalité : nous trouvons V amour des êtres à qui doit profiter l'accomplissement de notre devoir,

Nous avons vu que, par toute action ou abstention, nous produisons des résultats souhaitables ou fâcheux dans nos rapports avec Dieu, avec autrui, avec nous-mêmes. Pour aspirer aux résultats souhaitables, faut-il que la volonté soit éveillée par trois mobiles passionnels, l'un dans nos rapports avec Dieu, l'autre dans nos rapports avec autrui, le troisième dans nos rapports avec nous-même? Oui, mais par quels mobiles? Par trois amours, suivant M. Juleiâ Simon. Il présente ainsi, comme éléments de la justice, V amour de Dieu* y V amour d'autrui^ V amour de soi. — Nous

*■ Leibnitz , Nouveaux Essais sur Ventendement humain, c Je trouve qu'il y a bien à dire entre les beautés et saillies de Tàme, > ou une résolue et constante habitude. »

(Montaigne, Essais f liv. II, chap. xxn.)

* Richard Cumberland fait remarquer que, dans la définition de la Justice, voluntas jus suum cuique irihuendi^ le mot cuique doit comprendre Dieu. . {De legibu^ naturœ^ cap. vu, S 3.)

t96 CONSCIENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.

tombons d'accord avec lui pour les deux premiers.— Quant au troisième, nous croyons qu*il doit être autrement présenté. Nous remplaçons le mouvement passionnel amour de soif par un mouvement passionnel sinon contraire, du moins très différent^ que nous appellerons défiance de V amour de soi.

Analysons ces trois subdivisions de la justice.

233. Première subdivision de la justice. Amour de Dieu, ou piété. — Rien ne nous dispose mieux à rechercher la direction de la liberté par ImtelHgence, que de nous élever en esprit vers celui qui nous a donné l'intelligence pour le glorifier. Cette vérité apparaît de quatre manières principales : !• Qu'est-ce que la recherche de la direction de la liberté, si ce n'est la recherche des sages volontés de Dieu? 2» Qu'est-ce que l'action d'obéir à ces volontés, si ce n'est l'action d^honorer Dieu? 3*> Qu'estce que le résultat de cette obéissance, si ce n'est le moyen de nous rapprocher de Dieu, autant que le permet notre faiblesse? 'Of^oXc^yta Trpo^ to ôewv , comme disait Pythagore*? ^OfxoCwffiç Oew xari t^ SovaT<Jv, comme disait Platon*? Enfin qu'est-ce que la prière, si ce n'est le cri de notre faiblesse demandant à Dieu la force de lui obéir? — Par ces quatre raisons, l'Évangile a dit ; c< Le plus grand commandement est : Tu aimeras ce le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton c< âme, de toute ta pensée. Diliges Dominum Deum (( tuum ex toto corde tuo et ex tota animai tua, et ex

* Tennemann, Manuel de Vhistoire de la philosophie^ S ^* » Id., ibid., S 136.

Page 1