‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 149 sur 301 · PARTIE m — GONSGIENCfi DU DEVOIR. — LIVRE IH · texte numérisé non relu

PARTIE m — GONSGIENCfi DU DEVOIR. — LIVRE IH

« omnibus viribus tuis et ex omni mente tua * . HoS c< est maximum et primum mandatum^. »

234. Deuxième subdivision de la justice. Cha^ rite ou amour d'aufrui. — Des sophistes anciens et des philosophes du xviii® siècle ont nié l'amour d'autrui, en ce sens qu'ils y ont vu seulement l'application de Tamour de soi. Aimer, disent-ils, c'est demander à autrui quelque chose qui nous manque pour nous compléter. J'éprouve, je l'avoue, un dégoût profond en lisant le dernier mot de cette doctrine dans cette définition brutale d'Helvétius : c< Aimer, c'est avoir c< besoin ^. p> — Combien je préfère cette belle défini* tion de Leibnitz : « Aimer, c'est faire son bonheur du ce bonheur d'autrui*. » Ajoutons cette contre-partie, nécessairement sous-entendue : c'est faire sa souf^ france de la souffrance d* autrui.

Si cette disposition qui nous fait trouver du plaisir dans le bonheur des autres êtres sensibles, s'applique à un seul individu ou à la famille, on l'appelle amour conjugal y paternel, filial, fraternel, amitié^. Si cette même disposition embrasse une classe plus étendue d'individus, elle constitue ce qu'on appelle esprit dç corps, esprit de parti; si elle embrasse toute une nation, c'est esprit public , patriotisme; si elle s'étend

1 Saint Luc, chap. x , § 3, vers. 27. — Comp. saint Marc, chap. xu* § 3, vers. 31. — Saint Matthieu, chap. xxii, S ^9 vers. 37.

* Saint Matthieu, chap. xxii, § vf, vers 38. «- Comp. Saint Marc, chap. xu, § m, vers. 31.

s De l'E9prit (discours UI, chap. xiv).

4 « Amare estfelidtate alterius delectari, yel, quod eodem redit, felicf* « tatem alienam adsciscere in suam. »

■ « Je veux, dit Sénèque, un ami, afin d'avoir quelqu'un pour qui J6 « puisse mourir. »

à tous les hommes, c'est philanthropie, humanité^. Montons un degré plus haut, nous trouverons des expressions plus générales encore > les roots bienveil^ lanc^f sympathie, charité, indiquant que notre sensibilité n est indifférente au sort d'aucun être. « Si la « vie nous est chère, dit un livre sacré des Indiens, « elle doit Tétre à tous les êtres. Les hommes sensi- « blés doivent avoir pitié de tout ce qui respire. La « charité s'étend jusque-là. »

Faire son bonheur du bonheur (Tautrui : cette forme de la sensibilité produit le désir de contribuer au bonheur d'autrui. Elle inspire la bienfaisance : la bienfaisance, soit avec ses divers degrés diminutifs, obligeance y complaisance, politessCy indulgence \ modestie *; soit avec ses degrés augmentatifs, reconnaissance^, dévouement ^^ clé-

* Bentham, Traité de législation.

Le mot métaphorique fraternité est mi heurettx synonyme. U est fâcheux que rhistoire y rattache des souvenirs contradictoires de violence.

* « Benevolentia est habitus amoris. * (Leibnitz, Definitiones ethicœ,)

* « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère! » dit TÉcriture.

^ > Ce n'est pas celui qui se rend témoignage à lui-même qui doit être « approuvé, mais celui à qui Dieu rend témoignage. »

{Saint Paul aux Corinthiens, chap. x, vers. 18.) ' « A celui qui te donne sur-le-champ une goutte d'eau, tu donneras en « échange une fontaine intarissable. >

(Proverbe chinois. — Ferdinand Denis, Le Brahme voyageur.)

* « Sois semblable à Tarbre de sandal, qui, quand il est abattu, couvre « de parfum la hache qui le frappe. »

(Passage de VArya^ écrit plus de 300 ans avant notre ère.) « Apprends de la coquille des mers de TOrient à aimer tes ennemis et à t remplir de perles la main tendue pour te nuire.... Vois-tu cet arbre assailli « d*un nuage de cailloux? Il ne laisse tomber sur ceux qui les lancent que « des fruits délicieux et des fleurs parfumées! La voix de la nature entière « nous crie : L'homme sera-t-il le seul qui refuse de guérir la main qui s'est « blessée en le frappant? » [Distiques de HafiA, Recherches historiques,

tom. IV; discours de William Jones.)

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