PARTIE m. — cmsaBNce du devoir. — livre v. ih
bommes, parlant à tout instant des avertissements de leur conscience, les considèrent comme des inspi* rations identiques pour tous.
On nppelle surtout en témoignage le sens intime in^ dividueL On prétend qu'en s'observant bien, on se sur^ prend, en toute occasion, invité à telle ou telle action par une attraction spontanée qu'on sent infaillible, ou détourné de telle ou telle action par une répugnance spontanée qu'on sent infaillible. Le secours de cet enseignement, dit-on, ne manque jamais. L'incorruptible conseiller est toujours là. Si sa voix n'est pas écoutée, c'est que la liberté humaine a voulu la mépriser, a Tous les hommes voient la justice, parce « que la raison leur est commune; mais ils Paiment « d'un amour inégal ^ »
Enfin on a recours au raisonnement lui-même, pou r démontrer que l'étude est insuffisante à fournir la science des applications du devoir. — On reproche à l'étude, instrument contournable à fantaisie* ^ pliable en tous sens ^, de procéder ayec lenteur , d'être exposée à tous les pièges de l'erreur, de varier suivant les temps , les lieux et les divers degrés d*instruclion des individus. Bien plus, a on a observé que, dans « certains cas , nous avons de la répugnance pour « certaines actions jugées mauvaises, et que l'esprit « nous fournit des raisons ou des sophismes pour « nous livrer à ces actions *.» — On en conclut qu'on
* Simon, Le Devoir, partie UI, pag. 296.
' Montaigne.
' PascaL
« Comte, Traité de législaHon,\ïf. I, chap. nr.
fTS CONSCIENCE ET SCIENCE DU DEVOIR.
doit se défier de Tétude ; qu'il faut croire à rexistence d'un autre critérium du bien et du mal, à une aperception plus rapide, accessible à l'ignorant comme au savant. Cette aperception est, dit-on, l'inspiration spontanée. Par elle, une voix parle en toute occasion un même langage. Sans son autorité irréfragable, qui seule peut donner à l'intelligence la sécurité, l'œuvre de Dieu serait imparfaite, et la liberté del'homme serait abandonnée aux passions, comme la barque aux flots.
287. Arrière doue, ajoute-t-on encore, l'indulgence coupable qui voudrait consacrer, dans la langue du juste et de l'injuste, les mots erreur morale y ignorance morale ! On peut se tromper sur la question de fait, mais non sur le sens de la loi. Otons le masque à ce qu'on appelle erreur morale, ignorance mx)r aie! Nous trouverons sous ce masque le doL Peuples qui déshonorez votre histoire! hommes qui déshonorez votre vie! vous faites toujours le mal par une volonté directe, ou au moins par un étourdissement compkisamment cherché.
288. Conscience inspirée après réflexion. — Il y a des personnes qui se défient du premier mouvement. Des éléments mauvais, apportés par la passion, pourraient se trouver mélangés dans l'inspiration de ce premier mouvement. Il faut écarter ces nuages qui voilent l'entrée du sanctuaire. Que la conscience se recueille avant de prononcer ses oracles ! Ils apparaîtront alors dans toute leur pureté *. — C'est le con-
*■ • Actio deliberate producta magis libéra est quam actio indeliberata. » (Daries, Instit. jurisprud, umvermlis^ cajp, iv, S l*??*)