PARTIE III. — CONSCIENCE OU DEVOIR. — UVRE V
On dit qu'à côté des sens de la vue, de Touïe, du goût, de Todorat et du toucher, un sixième sens a pour fonciion psychologique de dicter uniformément à tous les hommes tous les jugements moraux, comme la poitrine a pour fonction physiologique de produire uniformément tous les mouvements de la respiration. Sur ce sens intérieur, toutes les lois du devoir se réfléchissent comme sur un miroir.
Législateurs, avez-vous à proposer un code? Magistrats, professeurs, avez-vous à en interpréter, dans un sens désirable, les obscurités ? Votre âme illumi* née trouvera sans effort, en elle-même, la définition de la vraie liberté, la liste des restrictions de l'individualité, la direction dans la voie de la conservation, du perfectionnement, du bonheur. — Et l'homme privé? Comme vous il pourra s'écrier : Et moi aussi, je suis législateur!... n promulguera, à sa dévotion, une morale et un droit naturel * : il les opposera, s'il lui plaît, par une dédaigneuse antithèse, au droit positif, en accusant au besoin le législateur de s'être plu à contredire sa conscience en inventant ce droit positif pour en faire un droit contraire à la nature 1
J'ai vu ainsi la plus grande partie de mes semblables passer tant bien que mal leur vie, persuadés que l'inspiration spontanée suffit pour leur donner, dans toutes les applications, la distinction absolue du juste et de l'injuste '.
t En prenant ces mots dans on des dix ou douze sens chimériques que nous aurons à repousser plus loin, dans le sens de Vasquita$ cerebrina, suivant l'expression plaisante de Dumoulin.
* Et, je le dis avec une triste conviction, c'est pour cela que j'ai réservé
flIO COlfSGIBNGB ET SaSlfCE DU DEVOIR.
285. Il faut même le reconnaître : des hommes de science * ont formulé cette croyance en système philosophique, sans s'apercevoir qu'ils descendaient, par une pente douce, vers le fatalisme ^, et qu'en voulaut trop glorifier dans l'homme une des facultés de la raison, ils mutilaient à tort les autres '.
286 . On cite, à l'appui de cette opinion, une prétendue autorité générale (dont on n'a point suffisamment analysé les éléments trompeurs). On présente, à tort ou à raison, le mot conscience comme devenu vulgaire daus cette signification. On soutient que les
pour on petit nombre d'élus le certificat de droiture d'intelligence, et celu 1 de bonté de cœur, réunis sous le titre considérable à* honnête homme, —-Dieu me garde cependant de dire comme Michée (chap. vu, vers. 2) : < Rectttt in homuUhuê non ut! •
^ Voyes Rousseau, Jacobi, etc. — D fkut citer avant tous autres, conune ayant soutenu cette opinion avec l'élévation d'une àme généreuse, Hutcheson, proresseur à Glascow (né en 169&, mort en 1747). Voir les ouvrages intitulés: Abrégé de la philosophie morale ; Recherche sur V origine des nées que nous avons de la beauté et de la vertu ; Essai sur la nature et la conduite des passions et des affections y avec des éclaircissements sur le sent moral. — Comparez Aslhey Cooper, comte de Shaftesbury, qui fait consister la vertu dans l'harmonie des penchants sociaux et personnels, et dans une satisfaction intérieure qui accompagne l'exercice des actes désintéressés. — AJ. Wollaston. Manuel de Vhistoire de la philosophie^ par Tennemann, S 349.
Hutcheson a trouvé de véhéments adversaires dans Price, Glarcke, Balqui, etc.
Dugald Stewart {Esquisse de philosophie morale, part. U, chap, i) reconnaît que la définition du sens moral par Hutcheson est trop générale. — Voir Hubner, Essai sur Vhistoire du droit naturel, part. U, S ^3. — Manuel de Tennemann, n*** 350, 372, 37A.
* Dugald Stewart {loco citato) nous atteste qu'on a tiré du système d'Hutcheson des conséquences sceptiques; conséquences dont il cherche toutefpis à le justifier.
s Aussi, M. Tillard {Analyse, classement et nomenclature des divers ordres de lois et de phénomènes moraux et politiques) signale la contradiction qui consiste à repousser le mysticisme proprement dit, la contem» plation de Dieu, pour tomber dans la contemplation de la conseienee, ftutn mysticisme.