‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 207 sur 301 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V

raie en action nous est apparue contredisant, par la création d'un pouvoir législatif chez tous les peuples, la prétendue infaillibilité absolue de l'inspiration in« dividuelle.

Mais cette autorité générale, conscience de Thumanité, va-t-elle réclamer à son tour la suprématie qu'elle refuse à l'inspiration individuelle?

Elle Fa fait. Des philosophes l'ont approuvée : c H « faut, disent-ils, découvrir une raison iu&illible. Il « faut nécessairement que cette raison soit, ou la (c raison de chaque homme, ou la raison de tous les a hommes. Or, ce n'est pas la raison de chaque (( homme, puisque les hommes se contredisent les (( uns les autres; donc c'est la raison de tous ^»

317. Il y a quelque chose de louable dans l'humilité de ce point de départ. Le procédé a de plus l'avan tage d'être commode. Montaigne l'a fait remarquer : « Les premières et universelles raisons sont de diffi- « cile perscrutation ; et les passent nos maîtres en (c escumant; ou, en ne les osant pas seulement tàter, a se jettent d'abordée dans la franchise de la cou- « tume : là ils s'enflent et triomphent à bon compte ^. »

318. Une école de jurisconsultes, connue sous le nom d'école historique, s'est formée pour appuyer cette philosophie. Elle est née de la nécessité d'une réaction contre les théories rêveuses d'un prétendu droitanté social. Burke en Angleterre, Vico en Italie, Montesquieu en France, Haubold, Hugo en Allema-

* Lamennais, Indifférence en matière de religion»

* Montaigne, Essais, liv. I, chap. xxii.

gne, en ont été les précurseurs : M. de Savigny en a été le messie, comme dit Roussel ^ Suivant cette école, la réunion des consciences individuelles forme une conscience générale infaillible. De cette conscience gé* nérale sortent les règles du devoir, comme des besoins et des inspirations des peuples sortent les formes du langage. La coutume établit les principes moraux; la conscience individuelle n'en est plus que la mémoire. Les législateurs eux-mêmes, dépourvus de toute initiative, que deviennent-ils? L'écho qui répète ce qu'il entend, le notaire docile écrivant ce qui lui est dicté. S'ils essayaient do donner aux peuples des lois que l'opinion commune n'aurait pas préparées, ils seraient semblables « à des enfants qui, se (( trouvant enfermés dans un vaisseau, voudraient « le faire aller contre le courant, en le poussant avec (( leurs mains ^. »

319. Aussi, comme la spontanéité de chaque nation peut changer à toute heure ses impressions, les jurisconsultes de l'école historique ont soutenu, contre JM. Thibaut, que le droit de tout peuple doit être coutumier; que toute codification est, par son existence seule, une œuvre nuisible, parce qu'elle vient faire un temps d'arrêt dans l'élaboration continuellement variable de la distinction du juste et de l'injuste.

* Encyelopédie du droit. Appendice. — Voir, en France, les ouvrages de MM. Klimrath, Laboulaye, Giraud, Laferriëre, etc.

D'après Ahrens {Cours de droit naturel, litroduction, chap. ii.), Hegel et Gans, en essayant de réconcilier l'histoire et la philosophie, ont absorbé Tune dans l'autre : Krause a mieux réussi à reconstituer leur alliance.

* Comte, Traité de législation, liv. I, chap. v.

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