‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 219 sur 301 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V

pas.^.. ne médisez pas.... ne violez pas votre ser* ment!..é » Puis, un etc.

Vous le voyez, lecteur, la première inspiration des sages que j'ai interrogés a été de me donner des exemples de ce quil^icfaut pas faire: jamais, je vous l'atteste, ils n'ont commencé par me dire ce quil faut faire. Or, c'est ce dont j'avais le plus besoin, et avec moi la grande majorité des hommes ! Eu effet (il faut s'en applaudir) , bien petite est la minorité décidée à occuper uniquement sa vie à tuer y à médire j à violer des serments. Eh bien! qu'est-ce à dire? La conscience règle- t^elle seulement les abstentions? Est-elle muette sur les actions? Posons la question sur la plus considérable des actions de l'homme : Devons-nous étudier? La conscience ne dit^elle rien, en présence de Fhumanité musulmane qui répond Non, et de l'humanité chrétienne qui n'est pas unanime pour répondre Oui î

Mais restons, j'y consens, dans le domaine des abstentions. Ne tuez pasy ne médisez pas, ne violez pa^ votre serment, etc.... Que m'apprend un etc. sur la limite de la science et de la conscience? Je ne le vois guère.

Faut-il essayer toutefois de se contenter ainsi d'un à peu près, en espérant du moins que Y etc. ne viendra qu'après une liste très longue?... Hélas! ce catalogue, quelque long qu'il soit, ne nous donnera pas même la connaissance complète des devoirs importants qu'il mentionnera. Pourquoi?

333. Parce que chacun des articles de la liste sera atteint et modifié par sa combinaison avec les autres.

3» GONSCIENGE ET SCIENCE DU ])EyOIR.

On verra toujours s^élever, à côté de telles prohibitions énoncées, d'autres prohibitions aussi légitimes, pour restreindre les précédentes. Charron fait observer que a bien souvent (il devrait dire jamais) on ne « peut accomplir ce qui est d'une vertu, sans le heurt « et offense d'une autre ^ » Que faire alors? Suivre le conseil de Cicéron : « Contra officium est majus a non anteponi minori ^ » ? Soit. Mais sur le choix du précepte à sacrifier, que de dissidences !

336. Les exemples de ces dissidences, dans les consciences les plus pures et les plus éclairées , sont par milliers. Donnons-en quelques-uns.

Premier exemple. Ne tuez pas autrui. — Voilà un principe qui certes peut réclamer la première place en tête de la liste. Mais le second rang n'appartient-ii pas à cet autre principe : Ne vous tuez pas vous-même? Or, que faire, s'il faut tuer autrui pour ne pas se laisser tuer soi-même? Voici déjà les consciences qui vont se diviser.

Les plus charitables répondront : Ne tuez pas! la loi morale est ainsi faite. En vous laissant tuer, vous ne violerez pas le principe qui vous défend de vous tuer. — Croyez saint Paul : « Il ne faut jamais faire a du mal afin qu'il en arrive du bien ' ! » — Ainsi

1 Charron, Sagesse (liv. I, chap. i?, n** 5) ; cité dans la préface de Barbeyrac, en tête de la traduction de Puffendorff.

M. Bénard reconnaît aussi que la collision des devoirs laisse des nœuds à dénouer {Précis de philosophie^ yLorale^ chap. m.)

* De officiis,

' Saint Paul aux Romains ^ cap. m, vers. 8 .

a Summum crede nefas animam prœferre pudori,

« Et propter vitam, vivendi perdere causas. » (Jovénal.)

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