PARTIE m. — œNSOENGE DU DEVOIR. — LIVRE V
n'écrasez pas, pour vous sauver, l'être inoffensif qui se trouve sur votre chemin! Si votre vaisseau est brisé par la tempéle, mourez plutôt que de rejeter dans Tabime un autre naufragé qui, saisissant la même planche que vous, ou vous étreignant convulsi* vement quand vous nagez, va vous perdre avec lui! — Ne tuez pas celui qui, dans un accès de folie, ou par erreur, menace votre vie ! — Que si une autorité légitime ordonne entre vous et un autre un combat en champ clos, avec promesse de la vie pour le vainqueur, et, si vous refusez , mort assurée pour tous
deux n'acceptez pas, ou n'acceptez que pour vous
laisser tuer ! — Vous êtes attaqué par un bandit : non seulement ne croyez pas ces horribles doctrines d'un faux honneur qui représentent la fuite comme honteuse ^ ; mais quand même la pointe du poignard serait placée par le bandit sur votre cœur, laissez Dieu vous défendre, plutôt que de donner la mort à cet homme qui est en péché mortel^!
D'autres répondront en sens différent : Vous pouvez vous débarrasser du naufragé qui, s'attachant à vous, va vous entraîner^; jeter à la mer celui qui, s' efforçant
t « Fuga non est vera ignominie sapienti.
(Klenckius, Inêt. jur, nat.^ d'après Grotîus.) Pascal dit à certains casuistes, sur la question du duel : « C*est cela « môme qui est un mal horrible, d'aimer cet honneur-là plus que la vie. »
(14* Lettre provinciale.)
* De graves auteurs ont soutenu ces doctrines. — Ahrens les formule encore très sérieusement de nos jours. Je les ai entendu énoncer, avec la conviction la plus arrêtée, par un professeur de philosophie dont le mérite est hors ligne.
s Puffendorff, Droit de la nature et de» gens, liv. n, chap. iv, v. I. 21
an coiiscnoicB et sgibnge du dsvoiil
d'entrer dans l'esquif où TOUS êtes, le surduu^erait ^-*^ Vous tuerez, en sûreté de conscience, Ta^esseur qui» par erreur» vous prenant pour un autre, ou dans un moment de folie, se précipite sur vous : c'est conmie si le danger « venait d'une bête ^.y» ^^ Vous devez, par charité pour votre adversaire, comme par intérêt pour vous-même, « spem arripere salutis ' » , en acceptant le combat en champ clos imposé par l'autorité ; combat dont l'événement doi^ empêcher la mort de votre adversaire ou la vôtre, et dont le refus produirait la mort de tous deux. — Du moins, tx*ès certainemeut , vous avez droit d'opposer la force à la force contre l'assassin en péché mortel^ : ce Sinon, dit Pufa fendorff, le vice triompherait hautement de la vertu, c< et les gens de bien se verraient exposés sans resc( source à être tous les jours la proie infaillible des c< méchants. .. Ce serait établir une maxime qui, bien <i loin de servir à l'entretien de la paix, tend manifesc< tement à la ruine du genre humain. » — On ajoute même « que celui qui, étant en état de se défendre, « se laisserait tuer, pourrait être condamné comme « s'il avait été lui-même son propre bourreau ^é i>
« Vitam tibi ipsi si negas, multis negas^, »
« Wolfif analysé par Formet, Principes du droit naturel^ liv. VI, chap. iv, no 15.
* Grotius, De jure belli et paciit chap. i, § 3.
s Klenckius, Imtit. juris nat. — Grotius, De jure belU et pam^ lir. II, chap. I, S i^* « Puffèndorff, Droit de la nature et dês gens, liv. H, chap. v, § 1 et S ift. 5 Id., ibid.
• Senec*