‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 223 sur 301 · PARTIE m. ^ CONSCIENCE DU DEVOIR. -^ UVRE Y. 3f · texte numérisé non relu

PARTIE m. ^ CONSCIENCE DU DEVOIR. -^ UVRE Y. 3f

privée (état prétendu qui n'a jamais existé^). — Toutes ces difficultés ( si vraiment ce sont des diffi* cultes) tomberont peu1>^tre d'elles-mêmes 9 comme vaines chimères, devant les principes de la science,

< Que de pages, dans les traités de droit naturel, sur ces questions : Dans le naufrage d'un navire, le propriétaire d'une chaloupe conserve-t^il le droit exclusif de s'en servir ? — Si trop de naufragés se présentent pour la remplir, «rt-il le droit « de jeter à son gré ceux qu'il veut, jusqu'à ce que l'es- « qoif soit allégé? » comme le dit Wolff, analysé par Formet {Prmtpea du droit naturel, liv. VI, chap. iv, S 16).— En cas d'abordage, les matelots d'un navire peuven1>-ils, pour se tirer du péril, endommager l'autre navire et couper les cordages enlacés dans les leurs, sauf indemnité ? (KlenckiuS| Instit. Jur. natur.^ d'après Grotius, lib. II, chap. ii, S 13, 14.),' — Si la disette survient, puis-je ôtre contraint de mettre en commun les provisions que j'ai prudemment rassemblées, et être condamné à perdre ainsi, en manquant à mon tour de vivres, le bénéfice de ma prudence? — Si l'incendie éclate dans mon voisinage, peuiron, à mon insu ou contre mon gré, me prendre mes pompes, mes seaux, au risque de m'en laisser démuni quand j'en aurai besoin pour moi-même? Et peut-on abattre ma maison pour circonscrire le foyer? (Wolflf, analysé par Formet, Principes du droit naturel^ liv. VI, chap. iv.) — Sans suivre Escobar et Lessius, qui, pour permettre le vol, se contentent d'une nécessité grave ^ quoique non pas extrême (Pascal, 8* lettre provinciale), combien d'auteurs reconnaissent le droit, dans une grande urgence^ de s'emparer de la chose d'autrui !... Voyez Klaprotb {Principes du droit naturel^ chap. ix), Klenckius, d'âpre Grotius (lib. II, chap. ii, § 13 et Ift), Puflfendorfif, Droit de la nature et des gens (liv. II, chap. vi,S 7).^Et saint Anselme, 10" homélie (Voy, Notice biog. sur saint Anselme^ par M. Charma, pag. 111.) : après saint Ambroise, il transporte presque la qualité de voleur, de l'affamé qui prend au riche qui ne donne p»8 1

Voici sur ces points ce que prétend Wolflf, analysé par Formet, Principes du droit naturel (Uv. VI, chap. iv) :

« Un homme qui se trouve privé des choses absolument nécessaires à U « vie, sans pouvoir les obtenir par ses prières, ni les acquérir par aucun « genre de travail, rentre dans l'état du droit naturel, et peut prendre les « choses dont il a besoin, les enlever même par force à toute personne qui « peut s'en passer. En le faisant, il ne commet point un vol!... » (N" 13.)

« Un homme poursuivi par un assassin, de manière qu'il ne peut espérer

< son salut que dans la fuite, et qui trouve sous sa main le cheval d'au- « trui, peut s'en emparer sans la permission du maître. Et si, se trouvant

< étranger dans un pays inconnu, il emmène le cheval fort loin sans savoir « absolument de quelle manière il pourrait en faire la restitution, il en est « dispensé. On peut aussi prendre les armes d'un autre, et même les lui

< arracher, s'il n'y a pas d'autres moyens, pour les employer à sa défense.» (No 27.)

tels que nous essaierons de les poser dans notre second volume. --En rappelant en ce moment ces controverses» nous voulons seulement demander comment les principes énoncés, tu ne tueras point y tu ne médiras point, etc., peuvent être appelés absolus, si les consciences même les plus pures se montrent entièrement divergentes sur les applications? Et comment, quand même la divei^ence des consciences cesserait, ces principes peuvent être appelés absolus, si les exceptions dépassent de plusieurs centaines de mille ^ le petit nombre des applications incontestées ? 336. Mais laissons ces objections de casuistique» que nous r^ettons d'avoir prolongées. Rentrons dans une discussion plus large. — Le système qui sépare le domaine de la conscience et celui de la science, par la distinction des jugements généraux et des jugements d'application des détails, pèche par sa base. Il suppose des règles de deux sortes, les unes tout à fait importantes f les autres à moitié importantes. Qu'est-ce que cela? Je l'ignore profondément. Je suis à genoux devant toute règle. Je ne sais pas ce que c'est qu'un demi-devoir; et je suis bien convaincu qu'à côté des maximes Ne tuez pas, ne médisez pas, ne violez pas votre serment, il en est d'autres innombrables que nulle conscience n'a le droit de dédaigner.

> De plusieurs centaines de mille. — Ce calcul n'a rien d'exagéré, dès qu'on admet, par exemple, dans la question de Thomicide, la légitimité du droit de tuer à la guerre.

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