PARTIE ni. — CONSCIENCE DU DEYOIll. — ÉPILOGUE
354 . Pourquoi s'imaginer que le dernier mot du devoir est une énigme insoluble ? Dans l'exemple proposé de la restitution du dépôt, où doue est cette énigme? Dieu veut le maintien de la création : les ôtres doivent collaborer dans ce but. Je consens à aider mon ami, en recevant sa chose en dépôt, quand il est empêché d'exercer sur elle une surveillance ; dès qu'il peut reprendre cette surveillance, il me remercie et me décharge de ma complaisance. . . tout cela est une déduction très claire du premier principe : assistance due par tout être à tout être ! — Evitons donc un dangereux quiétisme. Certes la satisfaction d'une conscience qui se complaît à se mirer en elle-même est chose douce. Mais, avant de se délivrer un certificat de moralité, il faut qu'elle se soit demandé d'abord en quoi la moralité consiste. Tant qu'elle nous dira seulement qu'elle s'estime, nous la féliciterons de s'estimer; mais nous l'accuserons de paresse jusqu'à ce qu'elle ait préalablement cherché dans quels cas elle doit s'estimer. En un mot, poser cette formule : Agir conformément au droite c'est agir de manière à méri^ ter l'estime de soi-même, c'est renvoyer, de la raison endormie à la raison réveillée, la solution de la question : comme le plaideur macédonien renvoyait de Philippe ivre à Philippe à jeun ïa sentence à rendre.
3Sâ. La science morale n'est pas plus infuse que la science de l'hygiène ; « pas plus innée que l'arithc< métique *. » L'étudier , comme on étudie toute chose, tel est l'avis de Benlham. Il jette aux partisans
* Leibnitz, cité par M. de Girardin (journal La Presse^ no du 22 juin 1854).
de l'inspiration le défi « de citer les liaisons de la c< nalure, au lira de citer divinatoirement son auto* « rite. » C'est aussi Tavis de Leibnitz : « Il ne* « faut point s'imaginer, dit-il, qu'on puisse lire dans c( l'àine ces éternelles lois de la raison à livre ouvert, « comme l'édit du préteur se lit sur son album, sans a peine et sans recherche; mais c'est assez qu'on puisse « les découvrir en nous, à force d'attention *• )>
Oh! sans doute (on ne saurait trop le redire), cette science trouve son germe dans la conscience. C'est de là qu'elle sortira tout entière, comme le chêne sort de la semence. Disons plus encore : oh! sans doute, les premières déductions de cette science paraissent si évidentes qu'elles semblent des révélations. c< Je dois ce assistance à mon semblable : » voilà le principe révélé. Eh bien ! tirons les premières conséquences : Je ne dois pas tuer mon semblable, ni lui voler son bien, ni séduire sa femme, ni me parjurer pour lui nuire; car ce ne serait pas l'assister. Voici, certes, des enthymèmes bien aisés à construire ! Ce n'en sont pas moins des enthymèmes. La logique a passé par là, et elle a passé par là provisoirement. En effet, un peu de patience ! elle aura bientôt à examiner si ces raisonnements sont exacts ou non? s'il ne peut pas être ordonné de tuer des milliers d'hommes, de violer des serments insensés?
* Leibnitz, Nouveaux Essais sur Ventendement humain.
Ajoutez Charron {De la sagesse) - a Le premier et fondamental avis est de « ne vivre point à l'aventure, comme font presque tous. »
Et Droz {Essai sur Vart d'être heureux^ chap. i) : a Contre Topinion gé- « néraie, je pense que le plus sûr moyen pour être heureux est de beau- « coup réfléchir. »