PARTIE PRÉLIMINAIRE. — PROLÉGOMÈNES. — LIVRE I
difiBcile de bien choisir dans ce dédale d'opinions contradictoires ! Eh bien ! Ton n'eu prend pas la peine. On aime mieux répéter les mots morale^ droit positif, droit naturel, sans les comprendre ^ Faites une épreuve, lecteur : si deux personnes discutent devant TOUS sur rexistence ou la non-existence du droit naturel, demandez à chacune d'elles de préciser, parmi les vingt définitions qui se disputent ces mots , celle qu'elle a en vue. ... Si ces personnes y consentent, vous constaterez, la plupart du temps, que les deux adversaires parlent de choses différentes. Ainsi leurs raisonnements s'escrimant dans le vide, ne se rencontrent pas sur un terrain commun d'attaque et de défense. Ce sera le cas de dire avec Rulhière :
« La contradiction tient souvent au langage : a On peut s'entendre moins, formant un même so « Que si Tun parlait basque et Tautre bas-breton. >
Quant à nous, nous regrettons que tant de gens (( ne s'avisent pas de soupçonner que, dans l'usage des « mots, ils trompent ou soient trompés^. » Disons plus,
a que des mots pour les exprimer... Or, les idées morales sontcommoné- « ment complexes. Les noms de ces idées ont une signification plus incer- « taine, parce qu'on ne conyient pas aisément de la collection d'idées sim- 1. pies qu'ils signifient précisément. »
( Locke, Essais sur l'entendement humain, liv. IV, chap. m, S 10.)
1 « Parmi ceux qui parlent le plus de religion et de conscience, d'église « et de foi, de puissance et de droit, combien n'y en a-t-il pas dont les « pensées et les méditations se réduiraient peut-être à fort peu de chose, u si on les priait de réfléchir uniquement sur les choses mêmes, et de w laisser à quartier tous ces mots avec lesquels il est sr ordinaire qu'ils « embrouillent les autres, et qu'ils s'embarrassent eux-mêmes ! »
(Locke, Essais sur l'entendement humain, liv. IV, chap. y, S &•)
* Locke, Essais sur l'entendement humain, préface.
10 C0N8CIENCB ET SGIENGfi DU DEVOIR.
nous croyons que bien souvent < les savants des dif- «f férents partis, lorsqu'ils viennent à quitter les mots « pour penser aux choses. , . pensent la même chose *. » Aussi en écrivant ce livre, nous voulons essayer, lecteur, de vous donner sur la morale, le droit positif et le droit naturel, quelques définitions simples et nettes, à la place des vagues lieux communs qui, selon toute apparence , se confondent dans vos souvenirs.
> Locke, Essais sur l'entendement humain, liv. III, chap. x, S 22*