Nous ferons à ces quatre dénominations un pre
mier reproche commun, c'est celui d'employer le mot droit de préférence au mot devoir.
Le mot droit, abrégé de directum [drictunij droict, droit) ^ est un des dérivés du verbe dirigerez qui est lui-même un des composés du verbe régir * . Ainsi Je mot droit , dans son acception étymologique, signifie tout ce qui dirige, ce qui mène « directement au (( but^. » Or, diriger, c'est tout aussi bien éclairer la liberté que la contraindre. Le mot droit, dans notre langue, comprendrait-il donc à la fois et l'idée de lumière et l'idée de puissance? Si cela est, il serait fort heureusement choisi. Sa valeur philosophique dépasserait de beaucoup celle du mot correspondant de la langue latine jus, qui fait apparaître seulement à l'esprit l'idée matérielle de la puissance donnant un commandement brutal \
10. Mais est-il vrai que, dans l'usage, le mot droit comprenne ainsi tout ce qui dirige l'homme vers son but, soit par la persuasion- (morale), soit par la force (lois positives)? On est loin d'en tomber d'accord.
Le mot droit (comme nous le verrons dans plusieurs passages de cet ouvrage) est employé tantôt dans un sens subjectif, tantôt dans un sens objectif. — Dans le sens subjectif, il y a trois manières de
*■ Cette racine se retrouve dans les mots règle, recteur, roi, etc., dans le mot allemand recM, le mot hollandais regt, le mot anglais right, le mot italien diritto, etc.
> Ahrens, Cours de droit naturel, partie générale, chap. i*% % 2.
5 Soit qu'avec Eestus on se contente de faire venir jm5 dejubere; soit qu'avec Vico on remonte plus haut, pour confondre jus avec le dieu qui commande, Jous, Jovis; comme le mot fatum signifie le destin qui parle, et ce que dit le destin (quod fatur).
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