Énonciation d'un fait pris auhasard. — Âl'oc
casion de tout fait, quel qu'il soit, toutes les questions que l'esprit humain peut poser, se dégagent. « L'u- « nivers, a dit d'Alembert, pour qui pourrait l'em- « brasser d'un seul point de vue, serait un faitunique. » L'ensemble des œuvres du Créateur forme une réunion indivisible de combinaisons en rapports réciproques nécessaires, et dont notre âme, suivant l'expression de Leibnitz, est le miroir. Impossible de toucher à l'une, sans toucher par contre-coup aux autres. Ainsi le marteau qui frappe un point de la cloche, en fait vibrer tous les points. Cela est vrai dans l'ordre des sciences physiques : un grain de sable bien décrit suppose la connaissance de tout ce qui est corps. Cela est vrai dans l'ordre des sciences morales : une opération de l'âme bien comprise suppose la connaissance de tout ce qui est esprit.
22. Observation attentive dirigée sur ce fait. — Je ne connais pas de science qm puisse, à son début, procéder autrement que par l'observation, quand ce ne serait que pour constater, aussitôt après, sur quels points l'observation peut devenir inutUe. —L'observation! les penseurs de l'antiquité en usaient trop peu! ils la sacrifiaient souvent aux séductions de l'hypothèse. Bacon en prêcha l'emploi exclusif pour l'élude des sciences physiques ♦ . L'école écossaise exagéra cet
• Ea demum est vera pUlosopWa, quœ mnndi ipdos voces qum fideUs- Bimè reddit, et veluti dictante mundo, conscripta est.... nec quidquam de ^prf^ reddit, sed t«ntum itérât et resonat. (Bacon, Instauratto magna.)
emploi, en le présentant comme Tunique méthode d'éludé des sciences morales.
23. Aujourd'hui, on fait à l'observation sa véritable part en lui reconnaissant deux actions différentes , selon qu'elle se présente : 1<» comme moyen direct d'obtenir la connaissance ; 2^ comme une occasion indirecte de constater d'autres moyens de connaître, savoir : les formes mêmes de l'intelligence, les vérités de raison, qui, une fois révélées et mises en action par l'observation, prennent le pas sur elle pour lui servir de guide et d'appui dans les expéiimentations ultérieures.
24. L'observation procède en analysant les faits accomplis. Elle n'a que cette voie. Cela est vrai surtout quand l'homme dirige celte observation sur luimême. Essayez, lecteur, d'éludier les ressorts de votre existence, sans en avoir mis d'abord en jeu, sur un fait, le mécanisme tout entier! vous tomberez . dans une impossibilité. En effet, le spectateur peut-il être le spectacle? Pouvez-vous abstraire successivement chaque partie de votre personne, comme un rouage d'une montre démontée, pour soumettre cette partie isolée au contrôle des autres, réservées pour la juger? Non. Dès que vous commenceriez à l'essayer, votre personne mutilée cesserait d'être votre personne ; l'absence de l'organe provisoirement détaché laisserait un point noir dans votre vue. La logique vous défie de constituer le tribunal, sans que l'accusé revienne, pour le compléter, siéger au milieu des juges. L'esprit, dit Cicéron, est semblable à l'œil, il ne se voit pas lui-même. — Que faut-il donc faire