PARTIE PRÉUMINAIRE. — PROLÉGOMÈNES. — LIVRE ÏIL
pour vous observer vous-même? Il faut entrer violemment en vous, en vous surprenant, pour ainsi dire, en flagrant délit, au moment où vous venez d'exercer quelque acte de votre puissance. Alors sur cet acte consommé, œuvre de tout votre être, vous portez l'analyse avec tout votre être ; et votre mémoire décompose le fait qui vient de se passer, comme loreille du musicien sépare les sons d'un accord qui vient d'être frappe.
26. Appliquons ces vérités à notre usage. Nous voulons discourir sur le devoir. Pour nous faire un plan, pour le fractionner en grandes divisions, il nous faut un point de départ. Où sera-t-il?... Dans un fait pris au hasard. Quel fait? Pourquoi pas, lecteur, celui qui nous réunit en ce moment?
26. J'ai écrit ce volume qui vient chercher vos sympathies, ou s'exposer à vos répugnances, et voies venez de l'ouvrir. — Quiétes-vous? qui suis-je? quel est cet objet, placé entre nous, que nous nommons un volume? Quel rang occupe-i-il, quel rang occuponsnous sur l'échelle des êtres? L'universalité des questions sur les phénomènes observables ou inobservables peut reposer sur ce fait. Mais procédons par ordre, et restons dans notre domaine.
27. Et d'abord, sur ce double fait : j'ai écrit ce volume^ et vou^ l'ouvrez^ l'idée du devoir apparaît à l'instant, savoir : avons-nous bien ou mal fait, vous
EN USANT CE LIVRE, ET MOI EN L'ÉCRIVANT? L'ÊlrC SOU-
verain juge et créateur de tous les êtres, aura-t-il à approuver ou à blâmer cet emploi que nous aurons fait des heures qu'il nous a données?
96 CONSCIENCE ET SaENGË DU DEVOIR.
28. À peine l'idée du devoir s'est-elle manifestée, que s'élève la question de la foi au devoir. La formule de ce problème : Faisons^nous bien ? faisons-^otis mal ? ne se montre un instant que pour se cacher, aussitôt après, derrière d'autres problèmes préjudiciels, sur lesquels la pensée humaine a de tout temps élevé de formidables discussions.
Et d'abord^ pour savoir si nous avons bien ou mal fait en lisant ou en composant ce livre, il faut préalablement nous faire cette question : Sommes-nous destinés à savoir quelque chose ?... £n supposant une réponse affirmative, viennent alors les questions premières sur l'objet de nos connaissances : Y a-t-il un Dieu auteur de la loi du devoir, comme de toutes les lois de l'univers? sommes-nous des êtres distincts de ce Dieu ? Subsîdiairement, en lisant ou composant ce livre, avons-nous choisi volontairement cet exercice de nos facultés? ou bien avons-nous cédé à une puissance supérieure inéluctable ? en un mot avons-nous ou non été libres? Et ce devoir, dont l'idée nous apparaît, a-t-il vraiment une existence spéciale, bien distincte d'un ordre arbitraire créé par la force, la convention, ou l'autorité?
A toutes ces questions , il faut répondre oui, pour avoir la foi au devoir. En effet, le devoir est, comme nous le verrons, la direction donnée par l'intelligence de l'homme à sa Uberté vers le but que Dieu lui assigne. Eh bien! la réponse négative à telle ou telle des questions que nous venons de poser détruit tel ou tel des termes du rapport indiqué par le mot devoir. Le scepticisme nie l'intelligence chargée de diriger ; Ta-