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comme un son et rien de plus» À notre avis , il n'y a point d'athées. — Mais d'autres esprits que le nôtre éprouvent une impression différente. Le mot athéisme leur parait contenir une pensée susceptible d'être conçue ^ Parlons donc de l'athéisme. Parlons*en, non pour donner les raisons sur lesquelles il s'app\iie (car nous ne les soupçonnons même pas), mais pour donner les raisons de l'écarter.
108. Dans l'esprit de Timmense majorité des hommes, l'argument le plus simple pour prouver le Créateur, c'est la vue de la création. En présence de la notion nécessaire de cause, chacun se dit : Ce monde ne s'est pas fait tout seul , donc il y a un premier moteur de tout ce qui se meut, un architecte suprême dont les doigts, comme dit l'Écriture, « se jouent de l'univers. > On se demande, avec Cicéron, si la supposition de la formation de toutes choses par l'assemblage fortuit d'atomes éternels n'est pas la supposition de la composition de Ylliade avec des lettres de l'alphabet jetées à terre? On répète avec Montesquieu : « Quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveu- « gle qui aurait produit des êtres intelligents *.
109. Mais une méditation plus attentive aperçoit bien vite que si l'Être par excellence se fait voir dans l'idée de cause, il se montre également dans toutes les autres idées nécessaires. — Qui peut mesu-
1 M. Tabbé Gratry, De la connaissance de Dieu, chap. xx.
Comme M. Tabbé Gratiy, Puflfendorflf {Droit de la nature et des gens) recornialt des athées. Il en distingue deux espèces : < Les uns, qui nient « fonDelIement l'existence de Dieu, les autres qui nient sa Providence. »
> Esprit des lois, iiv. L
M CONSa£NGE ET SaENGE DU DEVOIR.
rer l'espace? L'Être sans limite ^ Qui peut mesurer Vétemité? L'Être par qui tout a commencé et sans lequel rien ne pourrait commencer. En qui réside la substance? Dans l'Être parfait, type sur lequel se détachent les imperfections de tous les autres.
ilO. Attachons-nous à Tidée de substance. Ces mots» être fini, être infini, sont corrélatifs. Pensez l'un d'eux, l'autre est pensé ! — a Je suisj donc Dieu esf,w dit Joubert ^. Raisonnement trop long! Eh disant Je suis^ on a déjà dit Dieu est. En effet est-ce à l'infini qu'il appartient d'être la négation du fini ? n'est-ce pas au fini qu'il appartient de limiter, donc de présupposer l'infini? — «Comme la marque de l'ouvrier est € empreinte sur Touvrage ^, » ce Dieunous est aussi préce sent que notre être ^. » « Ne cherchons pas un pasce sage pour sortir de la conscience et démontrer hors <( de nous l'existence de Dieu^. » (( Nous le connais- « sons par la même faculté par laquelle nous nous (( connaissons nous-mêmes^. » — En dernière analyse,
* « Lucem habitat inaccessibilem. (Saint Paol.)
* Pensées,
« Touchez un corps quelconque, ne fût>-ce qu'une pierre, Je dis que ce « contact, dans Thomme pur et recueilli, retentit à travers le corps, les « sens, Tesprit et Tàme jusqu'à Dieu. » {De la connaissance de Dieu^ par H. Tabbé Gratry, part. I, chap. ix.)
' Descartes.
* L'abbé de Lignac, Témoignage du sens intime^ t. H, p. 44. (Voir dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, l'article de M. Franck sur l'abbé de Lignac.)
B Beausire, Thèse sur l'obligation morale, soutenue à la Faculté de Paris en juillet 1855. — Gomp. dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, l'article intelligence, par M. Amédée Jacques.
Voir l'analyse des opinions de Descartes, donnée par M. Ad. Gamier dans son édition des œuvres de ce philosophe.
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(c c'est le propre de Dieu de ne pouvoir pas être pensé « comme n'étant pas^ »
De tous les points de la plaine, le regard s'élève vers la montagne; de toutes les avenues d'un parc, on aperçoit « la statue magnifique placée au centre^. » Ainsi par tous les aspects que fournit la raison» on voit Dieu en perspective. Son image est adhérente à tout, conune ce portrait sculpté de lui-^méme que Phidias voulut rendre immortel^ en le gravant si profondément dans le bouclier de Minerve qu'on ne pût l'enlever sans briser l'œuvre entière '. Elle plane sur tout comme a la lumière du soleil qui se diversifie à « l'infini dans les objets qu'elle éclaire, et qui se mau nifeste dans toute la nature par toutes les combi- (( naisons des ombres et des couleurs, lors même « qu'on ne lève pas les yeux vers le foyer d'où elle u émane *. »
111. £h bien! quand une fois notre raison a reconnu l'existence de l'Être infini par l'existence des principes nécessaires qui constituent les rapports des êtres finis avec lui , va-t-elle demander davantage ? Quelque « vraies et certaines » que soient , au juge-
* Albert-le-Orand, Summa iheohgiœt partie I, tract, ni, quest 17 k 19. % Nullus intelligens quid sit Deus, potest cogîtare quia Deus non est. »
(Anselme, Proslogium, cap. m.) Le grand adversaire des idées innées, Locke convient lui-mâme hypothétiquement que, « s'il y a des idées innées, il n'y en a qu'une, et c'est Vidée « de Dieu. »
* Simon, Le Devoir,
s Dugald-Stewart emploie cette comparaison.
* Platon, cité par M. Beausire (Thèse sur l'obligation morale, soutenue à la Faculté de» lettres de Paris, en 1B55).
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ment des plas grands théologiens S les preuves que Dieu nous donne ainsi de lui-même par la raison^ allons-nous mépriser ces preuves, comme nous montrant seulement le fantôme^ Yambre projetée de celui que nous cherchons ' ; ou tout au plus comme faisant glisser sur le miroir de notre àme un reflet, un rayon réfrangé ' « du soleil des intelligences ^ » que nous voudrions voir tout entier? Élevant au plus haut degré son ambition, la raison signale*t-elle, au dessus de sa lumière illuminée, la présence réelle de la Zumière illuminant dont parlent les Pères de TEglise? Peut^ellereconnaltreFexistenced'un sens supérieur qui touche Dieu directement '^^ chargé d'attester à Fàme « qu'elle est suspendue au divin par sa radney > comme dit Platon, « attachée par sa pointe à quelque
principe plus haut, » comme ditBossuet? Mieux
que cela? Ce sens secret va-t-il révéler à la raison qu'elle est elle-même une sorte d'incarnation de Dieu ? Croira-t-elle avec saint Augustin que Dieu est au centre de nous-mêmes » intimus cor dit... avec Bossuet que « toute vérité non seulement vient de Dieu et est en Dieu, mais qu'elle est Dieu même?... > avec Fénelon que c Dieu est l'idée que j'ai de lui?... » Et enfin, suivant le mysticisme élevé de M. l'abbé Gratry * comme suivant la formule de certains philosophes,
< Saint Augustin, Soliloq.^ lit». I.
* 4»avTàff(AaTa 6s7a xal oxCocc tûv 6vt(i)v. (Platon.) > « Cûndescenmnes quœdanh »
(TfiOiBfliiii) Tract, de TriniU^ cap. xxii, % 7.)
* Fénelon.
* TBOHAssm, Dogm, theolog.^ partie î, chap. xit. ^ Delà connaissance de Dieu^ P* partie, cbap. ni.
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Dieu va-t-îl devenir, pour robservation intérieure, a un être expérimental » jusqu'à un certain point?
Pourquoi non? Nous blâmerions un rationalisme étroit qui traiterait de chimères ces nobles aspirations. Pourquoi notre être, subalterne sous un de ses aspects, ne recévrait-il pas, sous un autre, la communication € d'un être supérieur à nous, comme t nous respirons sans cesse Taîr qui est un corps € étranger * ? » — Sentir la possibilité de nous élever à Dieu, est-ce déserter la cause de la raison? n'est-ce pas la sanctifier au contraire? Au surplus, où est le droit d'un homme dont Fâme est restée captive dans les liens terrestres, de nier que l'âme d'un autre homme, purifiée par une méditation plus efficace, puisse, ce dans de courts instants d'enthou- (( siasme, échapper à la condition humaine et avoir « conscience de la perfection absolue*? ))
112. Quoi qu'il en soit, que la perception de Texislence de Dieu nous vienne indirectement ou directement, est-il nécessairjB d'énumérer les attributs de cette existence? Nous n^en voyons pas bien Futilité. Quand on a prononcé le nom de la suprême Providence , commenter avec des expressions finies les perfections d'une nature infinie, n'est-ce pas aboutir à une maladresse littéraire? Ne pouvant « parler < de Dieu qu'en balbutiant ^, r> le langage humain nous parait aller en sens inverse du but cherché.
« Fénelon, Traiié de têûoêÊteMê dé Dieu, partie V, chap. n. • J. Sinum, Le Devùir, » Id., ibid.
XqO COKSaSNCE ET SCIENCiS PU DEVOIR,
Une pieuse témérité qui n'a pas mesuré ses ailes» a chance d'amoindrir ce qu'elle voudrait glorifier, c Cui « ergo similem fecistis Deum, nui quam imaginem « ponetis et ^ ? >
Que de philosophes cependant, sans craindre de tomber dans Fanthropomorphisme, ont essayé de décrire les attributs de Dieu! — Tantôt, prenant un premier procédé, ils éliminaient successivement tous les caractères de Têtre fini, et descendaient de négalion en négation, pour arriver à contempler scientifiquement je ne sais quel absolu, vide de tous caractères saisissables ; au risque de trop bien justifier cette proposition mathématique de Mallebranche ^ : « Apercevoir rien ou ne rien apercevoir, c'est la « mén?e chose. » — Tantôt prenant le procédé inverse, ils groupaient par abstraction, dans les êtres finis, tous les caractères constitutifs; puis, supprimant seulement « tout ce qui vient de Taccident « et du défaut ^ '* idéalisaient ainsi en Dieu l'assemblage des types peifectionnés de tous ces caractères.
113. La première méthode est celle du mysticisme de l'extase, enseigné par Plotin et l'école d'Alexandrie. On en retrouve des traces dans la philosophie d'Hegel, essayant d'identifier l'être et le néant, en
* IsaSe, chap. xl, S iv, vers. 18. -r- « Deus e^t ineffabilis. »
(Saint Augustin.)
* H. l'abbé Gratiy, De la connaissance de Dieu, partie I, pag. 118.
s Théod. Abucara, cité par M. Gratry, partie I, cbap. nu « Ce que je sens d'essentiel en moi, je le transporte ou plutôt je le rends « à celui qui me Ta donné. » (Ck^usiN, avant^propos des Pensées de Pascal,)