PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — UVRE V, tdl
« elles placent dans leurs mains les livres qu'elles <^ croient les plus propres à leur donner des idées « justes, à leur inspirer des sentiments ipnrs et génère reux. Ces soins, qui commencent avec la première ce enfance, se poursuivent dans la jeunesse. Les ente fants, en sortant des mains de leurs parents, pas- (( tsent dans les mains des instituteurs, des profes* « seurs, des ministres de la religion, qui leur don- « nent, ou sont supposé? leur donner les mêmes le- « çons. Enfin nous recevons des leçons de morale, de- « puis le moment où nous avons la faculté de rece- « voir une impression ou une idée, jusqu'au moment a où les hommes ne peuvent plus agir sur nous; (( les écoles, les écrits qui se publient tous les jours, (( les discussions qui ont lieu dans la société, les éta- « Uissements religieux, et même les débats et les « décisions judiciaires, servent à nous instruire à « tous les moments de notre vie *. »
Troisième confusion. Confusion de l'inspiration avec les désirs plus ou moins obstinés de la sensibilité, — Aux deux confusions scientifiques que nous venons de signaler, il faut tristement en ajouter une dernière, toute pratique : c'est la confusion de la spontanéité de Tinspiration avec la spontanéité de là sensî]>illté. Voyez un homme aux prises avec un désir violent ! Si la paresse de TaHalyse, si l'outrecuidance de l'orgueii^ si la complaisance des passions pour tout ce qui les flatte, peuvent lui présenter, sous le nom de conscience f une prétendue collection de règles mani-
< Ck>iiite, Ttatté de légîslatUm^Uy, I, chap. tv.
Î9Î œNSCIENCE ET SCIENCE DU MVÔIR.
festées à son usage par uue illumination soiulainey n*y a-t-il pas gros risque de voir ces règles prendre aisément la forme qui justifiera son désir? Bien habile est la suggestion voilée de la tentation, cherchant à s'identifier avec le devoir! — Consultez, lecteur, votre expérience, pour savoir s'il en est ainsi. La mienne n'a plus de doute. Chaque fois que j'ai entendu un de nïes semblables faire appel à sa conscience, j'ai attentivement écouté et analysé ; j'ai trouvé quelquefois, dans cet appel, l'invocation à quelque raisonnement ; mais bien plus souvent, hélas! un effort pour àe décréter le droit de faire une sottise, un parti pris de violer quelque article excellent d'une loi positive, que l'ignorance ne comprenait pas, ou que la révolte des sens trouvait gênante.
Prenons-y garde î « Ce système, dit Charles Comte, « est la justification de tous les vices et de tous lés « crimes auxquels se sont livrés et auxquels peuvent « se livrer encore les fanatiques de toutes les reïi- « gions et de tous les partis. S'il suffît, pour qu'une « action soit utile au genre humain , de trouver des « fous auxquels il soit possible de persuader qu'elle « leur est commandée par leur conscience, il n'est « aucun crime qui ne puisse être considéré comme « un devoir. Car il n'en est aucun qui, à une époque «quelconque, n'ait été exécuté en toute sûreté de c< conscience.
C'est ainsi que les souvenirs de la tradition, taper* ception d'un raisonnement rapide^ et les désirs plus ou moins opiniâtres de la sensibilité imït^ , à s'y méprendre^ T inspiration. L'apparence de celle-ci