‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 207 sur 280 · PARTIE in. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — UVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE in. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — UVRE V

privée (état prétendu qui n'a jamais existé'). — Toutes ces difficultés ( si vraiment ce sont des diffîcultes) tomberont peut^tre d'ellei$-mômes , comme vaines chimères» devant les principes de la science.

* Que de pages, dans les traités de droit naturel, sur ces questions : Dans le naufrage d*un navire, le propriétaire d'une chaloupe conserve-tril le droit exclusif de s'en servir? — Si trop de naufragés se présentent pour la remplir, tifiril lé droit < de Jeter à son gré ceux qu'il veut, jusqu'à ce que l'es- <r quif soit allégé? » conune le dit Wolff, analysé par Formet {Principes du droit naturel, liv. VI, chap. iv, S 16).— En cas d'abordage, les matelots d'un navire peuvent^ils, pour se tirer du péril, endommager l'autre navire et couper les cordages enlacés dans les leurs, sauf indenmité? (Klenckius, Inttit, jur. naiur.y d'après Grotius, lib. II, chap. u, S 13» 14.); — Si la disette survient, pnis^je être contraint de mettre en commun les provisions que j'ai prudemment rassemblées, et être condanmé à perdre ainsi, en manquant à mon tour de vivres., le bénéfice de ma prudence?— Si l'incendie éclate dans mon voisinage, peut-on, à mon insu ou contre mon gré, me prendre mes pompes, mes seaux, au risque de m'en laisser démuni quand j'en aurai besoin pour moi-même ? £t peut^on abattre ma mtâr son pour circonscrire le foyer? (Wolff, analysé par Formet, Pnnctpc* du droit naturel^ liv. VI, chap. iv.) — Sans suivre Escobar et Lessius, qui, pour permettre le vol, se contenUnt d'une nécessité grave, qmiqiie non pas extrême (Pascal, S* lettre provinciale), combien d'auteurs reconnaissent le droit, dans une grande urgence^ de s'empirer de la chose d'autrui!... Voyez Klaproth (Principes du droit naturel, chap. ix), Klenckius, d'après Grotius (lib. II, chap. ii, S 13 et 1/i), Puffendorff, Droit de la nature et des gens (liv. U, chap. vi,S '7)«^Et saint Ansehne, 10' homélie (Voy. Notice biog, sur saint Anselme, par M. Charma, pag. lll,) : après saint Ambroise, il transporte presque la qualité de voleur, de l'affomé qui prend au riche qui ne donne pas !

Void sur ces points ce que prétend Wolff, analysé par Formet, Principes du droit naturel (Uv. VI, chap. nr) :

« Un homme qui se trouve privé des choses absolument nécessaires à la « vie, sans pouvoir les obtenir par ses prières, ni les acquérir par aucun « genre de travail, rentre dan& l'état du droit naturel, et peut prendre le» tt choses dont il a besoin,, les enlever même par force à toute personne qui < peut s'en passer. En le faisant, il ne commet point un vol!..* » (N** 13.)

« Un honmie poursuivi par un assassin, de manière qu'il ne peut espérer « BOn salut qat dans la fuite, et qui trouve sous sa main le cheval d'au- « trui, peut s'en «nparer sans la permission du maître. Et si, se trouvant « étranger dans un pays inconnu, il emmène le cheval fort, loin sans savoir a absolument de quelle manière il pourrait en faire la restitution, il en est « dispensé. On peut aussi prendre le$ armes d'un autre, et même les lui « arracher, s'il n'y a pas d'autres moyens, pour les employer à sa défense.» (No 27.)

sas CONSCŒNŒ ET SCIENCE i)D DEVOIR.

tels que nous essaierons de les poser dans notre second volume. --En rappelant en ce moment ces controverses, nous voulons seulement demander comment les piûncipes énoncés^ tu ne tueras point , tu ne médiras point ^ etc., peuvent être appelés absolus^ si les consciences même les plus pures se montrent entièrement divergentes sur les applications? Et comment, quand même la divergence des consciences cesserait, ces principes peuvent être appelés o^so^us, si les exceptions dépassent de plusieurs centaines de mille ^ le petit nombre des applications incontestées ? 336. Mais laissons ces objections de casuistique, que nous regrettons d'avoir prolongées. Rentrons dans une discussion plus large. — Le système qui sépare le domaine de la conscience et celui de la science^ par la distinction des jugements généraux et des jugements d^application des détails, pèche par sa base. Il suppose des règles de deux sortes, les unes tout à. fait importantes^ les autres à moitié importantes. Qu'est-ce que cela? Je Fignore profondément. Jç suis à genoux devant toute règle. Je ne sais pas ce que c'est qu'un demi-devoir; et je suis bien convaincu qu'à côté des maximes Ne tuez pasy ne médisez pas, ne violez pas votre serment, il en est d'autres innombrables que nulle conscience n'a le droit de dédaigner.

* De plusieurs cenUùoes de mille. — Ce calcul n*a rien d*exagér6, dès qu*oa admet, par exemple, dans la question de l'homicide, la légitimité du droit de tuer à la guerre.

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