PARTIE m. — CCW6CIENCE DU DEyOIR. — LIVRE V
cercle dans lequel la raison et la liberté doiy^nt se mouvoir^ en cherchant par leurs propres forces leur route!
Conscience morale! raison pratique! raison dans une de ses formes les plus élevées ^ ! Pour savoir ce que tu nous apprends d'une manière absolue^ voyons ce que la raison nous apprend, dans toute science» d'une manière absolus.
Toute science suppose, pour base de ses démonstrations ultérieures, quelque démonstration première, faite immédiatement dans les profondeurs du sens intime, par la combinaison des idées nécessaires. Nous devons donc trouver, dans la science du devoir/ une démonstratioB de ce genre ; un principe fondan^ental chargé de diriger la liberté en l'éclairant, conune la loi de gravitation fait mouvoir la matière en l'attirant? Conunent vivre sans ce principe ? Sansf lui, comment faire, suivant l'expression de Pascal, « une « démarche avec sens et jugement ^ ? »
Ce prindpe premier du devoir, que les plus criminels violent partiellement, que les plus vertueux réalisent imparfaitement, ce principe identique sous sa forme déterminatrice et sous sa forme sanction-
* Bénard, Prém de philosophie (Morale, chap. m).
^ Le plus ingénieux des sceptiques, Montaigne lui-même en convient dans un jour de foi : « Il est impossible de ranger les pièces, à qui n'a pas « la forme du total en sa tête. A quoi faire la provision de couleurs, k « qui neisait ce qu'il a à peindre? Aucun ne fait certain dessein de sa vie, « et n'en délibérons qu'à parcelles. L'archer doit premièrement savoir où « il vise, puis y accommoder sa main, l'arc, la corde, la flèche, et les mou- « vements. Nos conseils fourvoient, parce qu'ils n'ont pas d'adresse et de € but. Nul vent ne fait pour celui qui n*a pas de port destiné. »
{Essais^ ]iy, U, chap. il)
33t œNSaENCE ET SCIENCE DD DEVOIR.
natrice, nous nous sommes efforcé de le formuler dans notre livre II : assistance due par tout être à tout être.
La détermination de ce principe est absolue dans toutes les consciences.
310. Veut-on ajouter que les caractères du devoir sont absolus comme le principe lui-même? Oh! nous y consentons de grand cœur : nous l'avons reconnu dans notre livre I, en proclamant absolue dans toutes les consciences, les caractères du devoir : souveraineté, indivisibilité, universalité.
341. Dira-t-on que T impératif contenu dans toute conséquence exactement tirée du premier principe est absolue'? Nous y consentons encore.
342. Mais prétend-on dire que cet impératif peut s'exprimer par des formules absolues, telles que : Ne tuezpas,ne médisez pas? SmvBnt nous, c'est rester dans l'enfance, dans la barbarie de l'art. L'impératif bien compris du devoir n'est que dans les résultantes formées par les combinaisons variées de ces formules. — Enfin, prétend-on ajouter que ces formules appelées par nous barbares, ou d'autres plus perfectionnées qu'on mettrait à letir place, sont absolues en ce sens qu'elles apparaissent uniformément à toutes les consciences ? Ici nous répondons par la négation la plus formelle. Nous allons constater leur apparition seulement relative au fond de chaque conscience*.
*■ Nous regrettons de trouver dans la 24* leçon de M. Cousin sur le vrai, le beau, le bien, ces conrusions sut Tapplication du mot absolu. L'idée du devoir est absolue , les caractères du devoir sont absolus, le premier principe du devoir est absolu : voilà des vérités incontestables. — Vobfjet de