PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V
vers, plus ou moins façonnés par l'éducation, fils de pères éclairés et dévoués ou ignorants et vicieux, élèves de maîtres distingués ou vulgaires , amis d'hommes austères ou légers, ils traversent un milieu phis ou moins pur, pour arriver à des degrés plus ou moins rapprochés de l'apogée de la rectitude morale, telle qu'elle est considérée à l'époque où ils vivent.
346. Il faudrait, en terminant, imprimer ici en lettres d'or la distinction entre la moralité absolue par le résultat, et la moralité relative par V intention de Tagent, distinction si nettement établie par ces quelques hgnes de Dugald-Stewart ^•
€ On peut DIRE d'une action qu'elle est absolu- < ment bonne , quand elle est ce qu'exigeaient qu^elle € put les circonstances dans lesquelles l'agent se € trouve placé; en d'autres termes, quand elle est
< TELLE qu'il l'aurait PU FAIRE.AVEC DE BONNES INTEN- € TIONS ET UNE INTELLIGENCE ÉCLAIRÉE.
€ On PEUT DIRE d'une ACTION Qu'elLE EST RELATIVE- « MENT BONNE, LORSQUE LES INTENTIONS DE l' AGENT ONT « ÉTÉ SINCÈREMENT DROITES; SOIT QUE l' ACTION EN ELLE- « MÊME S* accorde OU NE s'aCCORDE PAS AVEC CÊ Qu'eXI-
€ geaient vraiment les circonstances.
€ D'après ces définitions, une action peut être
€ BONNE DANS UN SENS, ET MAUVAISE DANS l' AUTRE Z
« C'est la bonté relatfve d*une action qui détér* «i mine le mérite de l'agent; mais c'est sa bonté € absolue qui détermine l'utilité dont elle peut
< Esquisse de philosophie morale f partie 11, chap. u, section 6, ii« 452 et guivants*
€ ÊTRE , ET POUR L* AGENT LUI-MÊME , ET POUR Li SO- « aÉTÉ.»
347. Voilà la vérité. Et elle nous paraît si évidente, qu'il nous semble impossible de ne pas s*y rendre. D'où vient donc qu'elle est remplacée par la croyance irréfléchie, que nous avons essayé de repousser , aux enseignements identiques absolus de toutes les consciences?... Il est bien aisé de se rendre compte de cette confusion d'idées.
Décomposons ce que contient cette expression dont tout homme se sert : Je crois en conscience... f ai agi en conscience. Celui qui parle ainsi affirme : 1® l'existence, au fond de son âme, des actes de foi absolue dont nous avons donné la liste, sur les bases du devoir. D affirme : 2^ la conformité de son acte avec tout ce que l'effort sérieux de son intention et de son attention lui a appris sur la science relative des applications du devoir.
Or qu'avons-nous dit. dans notre livre IV, sur Tobéissance au devoir? Qu'elle est l'effort sérieux à Vintention et de l'attention , effort indépendant du résultat matériel. Si un résultat mauvais est arrivé par cas fortuit ou erreur de fait, l'agent, nous l'avons vu , a raison de dire que sa conscience est en repos. Eh bien! il a également raison de le dire, quand il & commis des actes illicites qu'il croyait licites, par ignorance excusable, par erreur de droit, sans dol et sans étourderie. L'obéissance existe entière, dès qu'elle a été proportionnelle à l'instruction relative^ j'en atteste cette prière de la liturgie chrétienne : Po^ hominibu^ bonœ voluntatis !