PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — ÉPII^UE
361. La science du devoir était désignée par les jurisconsultes romains sous le nom de jurisprudentia. Elle est admirablement définie par Ulpien en ces termes : « Jurisprudentia est divinarum atque hu- « manarum rerum notitia, justi atque injusti scienr- « tiaK »
362. Les jurisconsultes romains se gardaient bien de briser Tunité de la science. Us ne séparaient pas la science de l'équité cherchée par les particuliers y et la science du droit promulgué par les législateurs. Le même Ulpien se hâte d'ajouter : Jus est ars boni et œqui^. Il attribue à Finterprète des lois la mission de rendre les hommes bons par la persuasion {prcemio^ rum exhortatione) f comme par la crainte {metu pœ^ narum) ^
Le texte des Ipstitutes ajoute» en ce sens, trois préceptes dans lesquels le droit et l'équité se confondent : « Juris prœcepta sunt hœc ; honeste vivere, « neminem lœdere, suum cuique tribusre*. » — Gcéron , dans son traité De officiis, mêle perpétuellement aussi, comme sortis de la même source, le droit social et le droit individuel *.
363. Leibnitz a employé le mot jurisprudence, comme les Romains, dans le sens de science du de^ voir. Il a donné le nom de jurisprudence à c< la
1 De jusHtia et jure^ InsiU, (lib. I, tit i). — Fr. 10, S 3, Dig., eodem (Mb. 1, tit. I).
> Fr. 1, princ Dig., Dejust et jure (lib. I, tit i).
s Fr. 1, § 1, Dig., eodem (lib. I, tit. i).
^ Ulp. , S 2, Instit* de just. et jure (lib. I, tit i).
* Aj, De legibtiSf De republica^ Pro Miloney etc.
tt science des actions humaines en tant qu'elles sont « justes ou injustes *.»— Mais l'usage moderne, souverain créateur des fonnes de la parole, n'a pas fait du mot jurisprudence la traduction du mot latin jurispruderuia. U n'a pas non plus adopté^ à sa place, d'autre mot. Il nous a obligé ainsi à prendre cette périphrase : « Science du devoir. »
364. Puis des opinions, dont nous aurons à apprécier la justesse, tendent à briser l'unité de la science, à la fractionner en plusieurs sciences désignées par des noms divers.
36&. C'est ainsi qu'on présente comme très distinctes par leur objet : i^ la législation (ou science de la législation^ ou politique, ou science de la politù que); 2"* la science gouvernementale ; 3° la science du droit naturel; 4^ l éthique (ou la morale, ou la science de la morale) : B® la science du droit positif (ou science du droit) ^. Quant au mot jurisprudence ^ qui comprenait tout cela chez les Romains» on l'emploie chez nous pour exprimer seulement une petite subdivision de la science du droit positif.
Nous aurons à expUquer le sens qu'on donne à ces divers mots. JNous aurons aussi à protester de toutes nos forces contre la mutilation qu'on opère, quand on prétend voir ainsi des sciences différentes dans les divers aspects d'une science unique ^.
1 Nova metkodus docendœ discendœque jurisprudentuB, * Par tîorruption ou abréviation de langage, le mot droite qui indique Tobjet de Tétude, est pris souvent comme synonyme àeieUnce de cet objet. C'est ainsi que Ton dit école de draii, pour école de la wUnee dei devoirs et des droits.
s Sur la distinction de ces divers aspects^ voir Touvrage de M. TiUard :
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