‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 34 sur 280 · PARUB L — IDÉE M DEVOIR. -^ LIVRE L · texte numérisé non relu

PARUB L — IDÉE M DEVOIR. -^ LIVRE L

excite eu tous qudque intérêt (plaisir), ou quelque en<^ nui (douleur). Or, par cet emploi donné à une des heures de votre vie, un autre emploi n'a pas eu lien* Le résultat ne peut être sans importance, au point de vue de la douleur ou du plaisir d'atitrui. À cent pas de votre maison habitent, je suppose, deux de vos amis, tous deux fi*appés par quelque chagrin. L'un aime mieux pleurer dans la solitude, l'autre a besoin d'entendre des paroles consolantes. Au lieu de lire ces pages, vous auriez pu augmenter par une visite inop» portune l'affliction du premier, ou par une consola* tion désirée relever le courage du second. Faisons, si vous le voulez, toutes autres suppositions. Vous pouviez employer cette même heure à enclore une ruche ou à la brûler, à greffer votre arbre ou à l'abattre, à construire quelque funeste sophisme ou quelque ingénieux système.

Ce qui est vrai de l'action d'ouvrir ce livre est vrai de toute action et de toute abstention. Notre pensée aperçoit, dans le fait comme dans l'oubli le plus insignifiant en apparence, la possibilité de conséquences complexes, apportant service ou {»*éjudice à l'ordre entier des choses. Ëtosmge solidarité ! responsabilité immense, bien propre à susciter la gravité de nos réflexions ! Quoi ! Rien ^'improductif ! tcmt exerdce de mes facultés a pour effet immédiat- de produire un germe de maladie ou de santé pour mon corps, de bonne ou de mauvaise habitude pour mon âme. C'est peu ! Il produit pour autrui un mal ou un bien présent, engendrant à son tour des séries UUmîtées de biens ou de maux dans un avienir indéfini. Si je mar-

GONSGIBlf CE ET SGIElf CE DU DEVOUt

dbe, une foule d'êtres sont écraflés. Si je reflfrire, ils sont étouffés. Je donne un consdl : Ta4-il sauver ou perdre une àme, et, P^r une ccmtagion heureuse ou fatale, fiBure passer de cette ftme à mille autres le principe qui purifie ou celui qui corrompt? Voyez ce médecin habile ou inhabile : Tenfant malade dont il tient la vie dans ses mains, est peut-être appelé par son génie à changer la destinée du monde ! Voyez ce roi prudent ou ambitieux : ses ordres vont régénérer son peuple, ou ses armées ravager la terre! Ce savant : U va inventer la boui^sole » Timprimerie ou le télégraphe électrique , ou , comme celui que Gœthe nous représente, découvrir peut-être un gaz qui décomposera l'univers! — En un mot, voyez ce milliard d'hommes répandus sur la t^rre : nul d^entre eux ne peut faire ou éviter un nM)uvement, sans produire sur les autres, sur lui-même et sur l'Etre inÛni, des effets dont le nombre fatigue et défie la pensée ' .

43. Eh bien ! puisque tout choc des actions et des abstentiqns qui s'entrecroisent nous apparaît comme produisant, pour les autres êtres et pour nous, service ou préjudice, alors, si nous sommes libres, nous avons à nous demander comment doit peser, sur le maintien ou la violation de l'ordre général, la part de liberté qu'il a plu au Créateur de nous départir. D'Assas a le

> « Rien ne subsiste isolément dans Tunivers, ne s'appuie sur soi, ne se nourrit de soi ;

< La vie, dans sa condition première, est un sacrifice, une communion peit)étnelle et universelle.

« Qu'est-ce que vivre? Recevoir. Qu*estrce que mourir? Donner. »

(Lamentiais.)

« Ubicumque homo est, ibi beneficio locus est » (Sbnic)

PA^TS h — IDÉE DU DEVOIR. ^ LIVRE h 41

fer sur la poitrine ; il peut mourir en sauvant le régiment d'Auvergne, ou vivre en le sacrifiant. La peste déeime Marseille; Belzunce peut consoler Tagonie des

malades, ou fuir sous un ciel plus clément Que

feront d'Assas et Belzunce? — Pour prendre parri, il faut qu'ils reconnaissent la nécessité de choisir entre des actions conformes e^ d'autres non conformes aux lois de leur destination, telles que les a tracées le divin Créateur. En d'autres termes, il faut qu'ils aperçoivent l'idée d'un but de leur existence, puis, pour arriver à ce but, l'idée d'un moyen*

Or, cette idée, qui se chargera de l'éclaircir, si elle peut être éclaircie? Est-ce la volonté elle-même? estce la sensibilité? ou bien l'intelligence ?

44. La prétention élevée par la volonté libre de diriger la volonté libre, ne se concevrait pas. Une volonté libre choisit, parce qu'une direction l'édaii'e. Elle n'est pas à elle-même sa clarté. La liberté n'est pas le mouvement machinal d'mi homme tenant des cartes, jouant un jeu de hasard^ et jetant capricieusement telle carte plutôt que telle autre, pour se dcmn^ le plaisir de dire, comme la matrone romaine :

c SU) volOf sic jubeOy sU pro raiione vduntas. »

Ainsi, supposer la direction de la liberté parla vo* lonté, c'est supposer la négation de la direction.

4&. La prétention élevée par la sensibilité de diriger la volonté ne se concevrait pas davantage. Faculté esclave, comment pourrait-elle commander? passive die reçoit de tous côtés des impulsions, et ces impulsions sont souvent, au même moment.

4t GONSGIENGB ET SdBNCB DU DEVOIR*

en sens divera« Othello tire son poignard contre Desdemona sous l^empire de la colère » il hésite sons l'empire de Tamour. Ainsi la sensibilité apporte à rame la multiplicité des ébranlements et non Tunité de la vérité. C'est h cause de la sensibilité et des nuages qu'elle soulève, qu'il faut chercher hors d'elle une boussole ^ a Eh quoi! si les sensations sont la « règle des jugements, un coup de vent, un nuage, € une vapeur changeraient la règle * ! »

En vain la sensibilité essaierait d'usurpei» la souveraineté ; au bout d'une heure à peine, elle abdiquerait spontanément. En effet, mettons-la à l'oeuvre. Que va-1relle faire? Va-t-elle chanter le « carpe diem » d'Horace, mal compris, en faisant dire à l'épicuréisme ce qu'il ne dit pas? Va-t-elle proclamer que le présent seul existe? et conseiller en conséquence à la liberté de suivre chaque fantaisie successive du moment, sans prévoyance du préjudice que l'accomplissement de la fantaisie d'aujourd'hiâ peut apporter à l'accomplissement de la fantaisie de demain? Elle n'oserait*

Une v(Mx plus forte couvrirait ses chants. Cette voix, quand ce serait celle de l'intérêt lui-même, crierait bien haut que le point présent ne peut cacher tous les autres. Quand la cigale se dit : « Je puis mourir par accident eu automne , donc ne prenons pas la peine d'amasser des provisions pour l'hiver ; » cette voix lui répond qu'elle fait preuve non de philosophie mais

^ «Totaphik>sophia(Socrati8)eopertinetQtamoraperEtUcimpa^ >»

(ThomAssin, Dogm. iheol,^ t. H, cap. x, n" 11.)

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