‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 60 sur 280 · Troisième moyen. Analyse de la raison · texte numérisé non relu

Troisième moyen. Analyse de la raison

* Discussions critiques, p. 112.

« Rien ne s'établit sans un principe pris dans la nature, même ce qui devient ensuite contre nature. (Waonër^ Mythologie.) « Galien dit quelque part que si Thomme en naissant ne sait rien, c*est

« qu'il est fait pour tout apprendre^ et que , s'il savait quelque chose en

u naissant, il ne saurait jamais que cela. »

(Peisse, préface en tête des fragments d'Hamilton.)

« « Semblables, dit A. Smith, à ces maîtres indolents qui se confient à un « intendant fripon, nous sommes sujets & être trompés. Mais nous sommes « incapables d'admettre un compte où il ne se trouverait aucune ombre « de vérité. Il faut au moins que quelqties articles soient justes. »

00 CONSOE^CE ET 8CIENCE DU DEVOia

L'obsenration intérieure signale dans Tesprit humain une faculté supérieure à toutes autres, qu'elle appelle la raison. La raison, « dans un endroit de Tàme si a profond et si retiré que les sens n'en soupçonnent u rien *, » contient en elle-môme, à l'usage de rhomme, des éléments d'adhésion inunédiate, des principes qu'on trouve « à la tête de toutes les sciences^, » principes qui, indispensables « à toute démonstration, « ne pouiTaient se démontrer que par eux-mêmes ^. c( La raison « est le sens de l'absolu ^ )) Sa lumière, c< image, comme dit saint Thomas d'Aquin, de la vé- « rite incréée réfléchie dans notre âme,)) nous met en communication avec des notions éternelles, notions communes, axiomes ^, selon le langage des mathématiciens ; assomptions fondamentales qu'on tient pour accordées d'avance ^ comme disaient les stoïciens* Ainsi se manifestent à priori, « par la logique d'in- « vention qui trouve les majeures des syllogismes^, » d'inébranlables points d'appui, que a Fintuition im- « médiate, fille légitime de l'énergie naturelle de la « pensée "^ , » « perçoit, comme l'œil voit la lumière « dès là seulement qu'il est tourné vers elle ^ »

^ Bossuet.

* Cousin, Le Frai, le beau^ le We«, l'« leçon. ' Id., ibid., 2« leçon.

* Jules Simon, Le Devoir, part. III, p. 326.

" M. Tabbé Bautain, Philosophie morale (t. Il, partie théorique), fait reoir le mot axiome du mot axe : « Un axiome est la ligne ou Taxe qui détermine « et soutient le mouvement de l'esprit et de la volonté. »

® M. l'abbé Gratry, De la connaissance de Dieu,

■^ Cousin, te Vrai^ le beau, le bien, 3* leçon.

* Locke, Essais sur l'entendement humain^ liv. IV, chap. ii, S 1^

FARTIB n. »r FOI AC DEVOIR. -^ UVRE I, AI

En d'autres termçs» sous les idées nécessaires signalées ci-dessus par nous comme les formes mêmes de Fintelligence , existent les principes nécessaires , dont elles ne sont que la représentation. De l'apparition du signe se conclut la réalité de la chose signifiée. Ainsi, par exemple, l'esprit qui aperçoit cette idée, tout fait a une cause , admet comme vérité que tout fait a une cause.

Les principes nécessaires ne sont pas seulement généraux, ils sont universels * . Apparaissant à propos de tous faits particuliers, mais n'en résultant pas, ils sont dans la raison mais non à elle, ce Elle n'en est pas juge *, » puisque « ellejie juge que par eux ^. » Ces principes, « qui se sentent comme les propositions se (( concluent*, » doivent être acceptés résolument. En eux est Yultima ratio de la logicpie humaine. Confiance entière en leurs révélations! ce sont, nous le verrons bientôt, les attributs absolus de Dieu ; disons mieux, « c'est Dieu lui-même, diversement aperçu suivant les divers rapports que nous lui attribuons avec le monde*. »

*■ Les principes universels et nécessaires se distinguent dos « vérités gé- < nérales qui s'appliquent seulement à un plus ou moins grand nombre de • cas. » (CoosiN, Le Vrai^ le beau, le bien, 1" leçon.)

• Cousin, Le Vrai^ le heau^ le Wcn, !'• leçon.

Comp. Bossuet, De la Connaissanee de Dieu, chap. iv, S 5 : « L'homme, « par ces vérités, se Juge lui-même... ou plutôt ce sont ces vérités qui le jugent. >

« Cousin, Le Vrat, le beau, le bien^ !'• leçon.

« L'homme peut dire : Ma raison. Rendons-lui cette justice qu*H n'a « jamais osé dire : Ma vérité. > (Le Vrai^ le beau, le bien^ 4^ leçon.)

♦ Pascal.

^ Jules Simon, Le Devoir,

Marc-Aurèle appelait la raison « cette partie de la Divinité qui a son

9% GOHSCIENGB ET SCIKNCS DU DEVOIR.

99. Deux mots sur Thistoire de Tanâlyse de la i*aiâOQ. — Plalou avait dit : « qu'il n y a point de u science de ce qui passe S qu il faut chercher Tétre a noa pas par le témoignage de nos sens qui ne s'a- « dressent qu au variable , mais par une faculté qui « perçoit Tinvariable *. » — Aristote, ré.igissant contre lui et l'accusant à tort d'avoir donné par les idées innées une existence substantielle à l'abstrait, fut, à l'inverse» accusé faussement de tirer des seus seulement toute connaissance. — Le monde philosophique s'est» depuis ce temps, partagé entre ces deux grands maîtres» bien ou mal compris. Suint Augustin reproduisit Platon» saint Thomas essaya de concilier saint Augustin et Aristote. Ce dernier garda longtemps l'autorité.

L'union de sa philosophie et de la scholastique menait l'humanité au doute. Descartes voulut l'arrêter sur cette pente. Il y réussit d'autant mieux d'abord qu'il attaqua le scepticisme partiellement. Il faut le reconnaître, sa méthode le réduisit à accepter au moins un fait incontestable : Je pense , donc f existe. Mais elle lui rendit des armes, en voulant établir sur ce fait d'autres principes par une série d'argumentations dont ils n'ont pas besoin.

«Êtrefini, j'existe, disait Descartes, donc parla loi a des contraires l'Être infini existe.... L'Êlre infini

« temple au dedans de toi... ce génie que Dieu a donné à chacun pour « guide et pour gouverneur. » — Socrate écoutait la voix de son démon,

^ Saint Augustin appelle plus exactement ce qui passe « les ohoHS qui « sont moins, qui, comparées à Dieu, ne sont pas, »

* Tenoemaon, ManuH de l'hisloir$ de la pl\ilosophie, i 193.

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