‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 75 sur 280 · PARTIE n. ^ FOI AU DEVOIR* — UVRE HI · texte numérisé non relu

PARTIE n. ^ FOI AU DEVOIR* — UVRE HI

vemâit ou provisoirement d'une vie indépendante de la leur. A ce prix seulement, il cesse d'être une partie de leur individualité. Expliquons-nous.

Posons trois interrogations : — Y a-t-îl une existence distincte dans une agrégation de molécules constituant un de mes membres, par exemple dans ma main, dépendance indivise de ma colonne vertébrale? — Y a-t-il une existence distincte dans le pantin mis en mouvement par la ficelle que tient ma main? — Y a-t-il une existence distincte dans le pantin automate qu'un ressort intérieur fait marcher?

 la première de ces trois questions, chacun répondra non» La main n'est qu'une partie de mon être. — On répondra oui aux deux autres. Le pantin existe d'une existence précairement indépendante, dans les moments où ma main abandonne la ficelle. L'automate exis(e en action dans le jeu de son ressort, jusqu'à ce que le mécanicien le brise; ou jusqu'à ce que le ressort se brise lui-même, si l'habile mécanicien s'est mis, par sou art, dans l'impuissance d'arrêter le ressort combiné pour un résultat prévu désormais fatal.

Répétons-le : nous ne voycMis poindre la vie que la où nous voyons poindre une parcelle d'indépendance. ^ 116. Eh bienî l'homme est-il une continuation de Dieu, ou bien est-il Tautomatequi se distingue définitivement ou précairement de Dieu?— Le bon sens vulgaire voit dans l'homme un être dtstin0t de Dieu, ConsidércMte l'immense majorité de nos semblables. Voyons^les s'agiter sur ce globe, s'occupant de travaux manuels^ d'arts, do sciences. Ils vivent tous la

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rie qui leur est donnée, instinctÎTement persuidéa -de la multiplicité des êtres, sans prendre en dériskm remploi de leurs organes, et accuser de trahison le

sentiment de leur indmdualité — Sont4b les

sages?

117. Quelques rêveurs seidement (sont^ib les fous, bien qu'ils s*appellent amis de la sagesse?) viennent troubler cette sécurité ?..• Ces rêveurs sont les panthéistes. Suivant eux, Thomme n'est qne la continuation du Dieu qui remplit Timmensité. Sous prétexte de rendre un prétendu hommage à VËtre infini en exaltant son infinité, ils élèvent un raisonnement apparent contre la conviction du sens intime^ en objectant que Dieu ne serait pas Dieu si Tbimmie ou tous autres êtres en&utés par lui cessaient d'être lui. Ces prétendus êtres, disent-ils, sont de pures.apparences, des déterminations ou modes de l'étendue infinie et de l'infinie pensée.

Puis ils ajoutent : Comment supposer que l'Être infini ait créé des êtres finis pour produite l'imperfection, c'est-à-dire le mal limitant le bien? Plutôt que de croire Dieu auteur du mal, ne vaut-il pas mieux croire que ce que nous appelons le mal est la limite même de Dieu confcmdu avec la nature ?

118. Les apôtres de cette identification de toutes choses se partagent en deux classest — Les uns, éblouis par l'esprit jusqu'à ne plus voir la matière, efiacent la créature, pmir laisser subirister seulement un Dku qui n'a rien créé ; ou s'ils veulwt, soœ la bannière de Sfânosa, conserver un Dieu créateur sans^ séptrer de lui les enfants de sa puissance, ne troiiveat»

PARTIB 0. •-- roi AC DEVOIlt ^ utfts m. |<n

pour donner corps à leur pensée hnposi^ble^ que b compamison c< des bouteilles plongées dans un « océan, délimitant chacune en apparence par leur « capacité une partie de cet océan » mais n'en dé- « truisant rien dans le sens absolu. )> — Les au^ très, avec Hegel, éblouis par les effets jusqu'à ne plus sentir la cause , comprennent la yie de TËtre infini comme la succession des degrés d'une incarnation perpétuelle dans Vuniy^s, d'une identification progressive constante et réciproque de l'humanité en IMeu et de Dieu en l'humanité.

119. Dans l'une et l'autre supposition, ne parlons plus du devoir. L'homme, absorbé dans un autre être, n'a pas à se demander s'il peut vouloir ce qui est bien ou ce qui est mal envers lui-même et envers le monde extérieur, puisque ni lui ni le monde extérieur n'existent.

Le devoir! disciples d'Hegel ou de Spinosa, que peut-il être pour vous? — Si le Créateur est incamé dans la créature, si l'hoinme n'est que Dieu luimême, comment l'Homme-Dieu pourrait-il formuler une direction de ses actions, donnée par une partie à une partie de lui-même? — Si le Créateur est hicamé dans la créatin*e, si chacun de nous est un point de son immensité, comme un cheveu est une parceUe de Dotre corps, n'est-ce pas ce créateur qui se meut en nous, et toute idée de nous roidir contre lui n'estelle pas frappée d'impuissance?

Un panthéisme inconséquent veui>4l cep^idant , si c'est possible, essayer une formule du devoir? Alors écoutons Spinosa et soyons édifiés sur les consé^

«0$ CONSCIENCE ET 8CIENCB DU ]>EV<Xlt

quepoes pratiques de cette phttosophie : « Le pouvoir « universel de toute lu nature, dit-il, n*étant autre « chose que le pouvoir de tous les individus, il s'eu- (( suit que tout individu a un droit absolu à tout ce « qtiil peut faire, c*est-à-dire que le droit de chaque « individu s étend aussi loin que son pouvoir déter- « miné. » A Taspect d*une définition qui identifie le droit avec le pouvoir, Timagination s'effraie. Elle demande en tremblant à la raison si le droit n'est pas précisément le pouvoir limité? La raison la rassure par la voix de Puffcndorff. Après avoir cité la formule panthéiste, ce publiciste s'écrie : c La belle consé- « quence que c'est là ! il faut dire, au contraire, que (( chaque individu a une certaine partie déterminée de « droits : et par conséquent que nul individu ne sau- (( rait s'attribuer la part qui est échue à tout autre * ! » 120. La foi au devoir demande le rejet du panthéisme. Repoussons-le. Pour opposer une répcHise directe à ce raisonnement qu'il apporte : « Dieu ne « serait pas Dieu , si quelque partie détachée de lui « cessait d'être lui , » il suffit de citer ces paroles de Pascal : a Dieu est infiniment incompréhensible, parce « que n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport « avec nous*. » Quand les panthéistes, voulant comprendre ce qui est incompréhensible, déclarent impossible que Dieu continue d'être Dieu si des êtres libres se séparent de son sein, ils font une pure hypo*

1 Ihroit naturel et des gem^ liv. n, chap. ii, $ 3.

* PascsU, PenUes.

M Qii» impossibilia sunt apud hoinines, possibilia sunt apud Denm. »

(SAnrr tJx^ chap. xvin, $ iii, ye». 27.)

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