‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 78 sur 280 · Qu'est-ce que la liberté^ si elle existe · texte numérisé non relu

Qu'est-ce que la liberté^ si elle existe

La liberté n'est pas un attribut de la sensibilité. — Quelque chose nous plait, nous aspirons à la possession de ce quelque chose; nous avons le désir. Plusieurs choses nous plaisent, Tune nous plait plus que les autres; nous avons pour elle une préférence. Nous ne pouvons éviter d'une manière absolue ces impressions de la seosibililé. La cause des désirs et des pré-

PAnius lï. r-^ FOI AU Df;voii^ — jlivr* iv. i»

férencesy dans leur apparition première,. n'est pas la liberté.

125. La liberté n est pas un attribut de Tintelligence. — Des idées nous apparaissent; nous en avons la perception. Nous n'avons pas la faculté d'en répudier les trésors, de rejeter les notions que la sensation apporte, et surtout de ne pas les incorporer dans les conceptions nécessaires de la raison. 11 ne dépend pas de nous notamment de faire naître ou d'effacer l'idée du devoir. La cause des opérations de notre intelligence n'est pas la liberté.

i26. Qu'est-ce donc que cette liberté^ dont, comme on l'a dit, (( le mot est si doux, Tusage si difficile, et € l'abus si amçr? «C'est un attribut de la volonté. — Pour bien comprendre ce point, il faut éviter le trouble que le mot séduisant liberté opère dans l'esprit. Ce trouble porte à confondre la liberté physique, la liberté morale, la liberté civile et politique (toutes choses qui ne sont que des attributs de l'action), avec la liberté proprement dite, la liberté métaphysique (attribut de la volonté).

127. On appelle liberté physique \^ possibilité ma* térielle d'exécuter une action bonne ou mauvaise. Si mes muscles peuvent ou ne peuvent pas arracher tel arbrisseau, on dit que j'ai oji que je n'ai pas la hberté physique de l'arracher. Ma liberté physique est très restreinte, en présence des obstacles innombrables que toutes les puissances de la nature opposent à la mienne ^ Le mot qu'il faudrait mettre à la place du

* « Numquid mittes fulgura, et ibunt? Et revertentia dicent tibi : ad- « sumus? » (Job, cap. «avm, § 0, vers. 36,>

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mot liberté physique, c'est l6 mot mesure de la force d'un être.

12S. Où donne le nom de liberté morale à la possibilité d'exécuter les actions bonnes qu'on désire commettre. Quand un être est empêché de nuiie è lui et à autrui» mais que nul obstacle ne l'empêche « de parvenir à sa fin naturelle S d de tendre, s*il le ireut, à « sa perfectibilité*, » il a la liberté morale. — Il vaudrait mieux dire qu'il a la permission de bien faire.

i29. Enfin qu'entend-on par tiberté civile et politique? C'est la possibilité légale, laissée par le pouvoir social à l'individu, d'agir d'une certaine manière. De quelle manière? Distinguons la liberté civile et poli' tique idéalisée eu théorie, et la liberté civile et politique pratique.

C'est sans doute à la liberté civile et politique idéa^ Usée que fait allusion Montesquieu, quand il dit : « La a liberté politique ne consiste point h faire ce que a Ton veut. Dans un État , c'est-à-dire dans une so- « ciété où il y a des lois, la libeité ne peut consister « qu'à pouvoir faire ce que Ton doit vouloir, et à n'être <t point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vou- « loir *• » Cette liberté n'est en réalité i{t3ie la liberté morale dont nous venons de parler.

' De fionald) Législation primitive^ liv. II, chap. ii.

• M., article lasôré au Mercure de France ^ n» ft.

. « Esprit des lois, Uv. XI» chap. m. — AJ. liv. XXVI, ciiap. ta.

Comparez Ahrens, Cottrs de droit naturel (partie spéciale de la philosophie du droit, chap. i, S 3) î « La liberté est la faculté de disposer ration- « nellement des divers moyens de développement qui nous permettent de « remplir, dans l'ordregénéral des choses, le but de notre existence. •

PARTIS n. — FOI AU PEyOIlt. — UYIUB IV. «U

L'hoiùme tout à fait bon (homme imaginahra!) fc qui le pouvoir social laiss^ait une liberté dviie et politi()ue aussi restreinte, pourrait être satisfait. Mais rhomntô tel qu*il est^ rhomme k la fois haa el aiauvaiB, placé dans cette conditiim, se trouverait diLcessivement malheureux : le gouvernement qui essaierait de Y y réduire serait à ses yeux uu odieux daspotii^ofie.

Une révolte jalouse empêche notre esprit de s'abdi» quer tout entier, même pour se soumettre au bien ^ Impatient d'un léseau trop serré de probilstioiiSy même salutaires, il désire être avant tout son propre guide, pif fois au nom de ses vertus, plu5 souvent au nom de ses vices. Le bourgeois gentilhomme veut pouvoir^ au besoin, a se mettre en colère quand il lui en prend a envie. » En conséquence la liberté civile et po* Uiique pratique , c'est la possibilité laissée par le pouvoir social à la spontanéité de Thomme, de choi» mt dans certaines limites entre le bien et le mal. Destûtt de Tracy ®, d'après Locke, la définit : « L'i- « dée de la i^uissance d'exercer sa volonté. »

L'histoire de l'humanité nous montre les peuples demandant sans cesse aux gouvernants une plus grande liberté d* action, pour en user bien ou mal. Ils entendent par liberté l'affranchissement dételle ou telle série d'articles de lois qui leur est plus antipathique que telle ou telle autre. Relisons la page spirituelle où Montesquieu oppose lui-même à la définition qu'il a

i yoy«r AhraiSf CQunéê. éroit naturel (préface). < Commentaire tur l'Etprit des lois, chap. xi.

ut CONSaENCB ET SCIENCE DU DE\'011L

formulée de la liberté politique idéalisée , les définitions de la liberté pratique données par Thistoire :

« 11 n'y a point de mot qui ait re^ plus de diiTétt rentes significations, et qui ait frappé les esprits de « tant de manières que celui de liberté. Les uns Tout « pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avaient tt donné un pouvoir tyrannique ; les autres , pour la « faculté d'élire celui à qui ils devaient obéir; d'au- « treSt pour le droit d'être armés et de pouvoir « exercer la violence ; ceux-ci , pour le privil^e de <c n'être gouvernés que par un homme de leur nation « ou par leurs propres lois ^ • Certain peuple a long- « temps pris la liberté pour l'usage de porter une « longue barbe ^. Ceux-ci ont attaché ce nom à une « forme de gouvernement et en ont exclu les autres. « Ce^x qui avaient goûté du gouvernement républi- « cain l'ont mise dans ce gouvernement. Ceux qui « avaient joui du gouvernement monarchique l'ont « placée dans lu monarchie \ Enfin, chacun a appelé « liberté le gouvernement qui était conforme à ses « coutumes ou à ses inclinations. Et comme dans une « république on n'a pas toujours devant les yeux et « d'une manière si présente les instruments des maux « dont on se plaint, et que même les lois paraissent y '(parler plus et les exécuteurs de la loi y parler

* « J*ai, dit Cicéroo^ copié Tédit de Scévola qui permet aux Grecs de H terminer enUre eux leurà différends selon leurs lois ; ce qui fait qu* ils se re- «( gardent comme des peuples libres. »

• « Les Moscovites ne pouvaient souffrir que le czar Pierre la leur fit couper. »

s « Les Cappadociens. refusèrent Tétat républicain que leur offiirent le» « Romains. »

PARTIR II. — FOI AU DEVOIR UVRB IV. in

a moins, on la place ordinairement dans les répu- « bliqiies et on l'a exclue des monarchies. Enfin , «. comme dans les démocraties le peuple parait à peu a près faire ce qu'il veut, on a mis la liberté dans ces <c sortes de gouvernements, et on a confondu le pou- « voir du peuple avec la liberté du peuple K »

On le voit : le mot synonyme du mot Inerte civile et politique serait étendue du pouvoir légal d'agir à sa volonté. Il est bon de respecter le vœu des nations, en leur laissant cette liberté. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous distinguerons attentivement la morale et le droit.

130. Mais ce que nous avons à démontrer en ce moment , c'est la différence de ces trois libertés de raction, liberté physique, liberté morale, liberté ci'vile et politique^ avec la liberté pioprement dite^ ou liberté métaphysique y c' est-a-dire la liberté de Is^ volonté.

La liberté métaphysique est la faculté de vouloir ou de ne pas vouloir ^ . L'action suit , si elle peut . (c L^ac- Cl tion naît du vouloir et du pouvoir joints ensemble '. » — L'usage actuel et déterminé de cette faculté s'appelle volition.

Les obstacles matériels qui s'opposent à l'action n'empêchent pas la vdition. Le prisonnier « est libre : c< il peut se résigner ou chercher des moyens de dèli-

* Esprit des lois, liv. XL, chap. ii.

* Simon, Le Devoir, partie I.

Le mot liberté vient, dit-on, àelibrUf balance; parce queTôtre libre pète les motifs qui le déterminent à vouloir ou à i^e pas vouloir.

* Leîbnitz, Nouveaux Essais sur ^entendement liuihaui.

iM eoufsciENce et sctengb du DEVOm.

€ vrance Le moine, eondamné au RleDce, ce maet

tf qui ne peut plus même pousser un sanglot » ert en-

K eore capable de s*indigner et de frémir Ne pas

a yoir la toute-puissance de la liberté sous Fimpuis- « sance de la force limitée, c'est faire une confusion « grossière, c'est prétendre qu'on n'est pas meurtrier « quand le pistolet diargé, qu'on tire sur autrui pour « le tuer, vient à rater. Même dans le système de Mal- « lebranche, où Dieu est chargé d'exécuter ce que je c reux : a Je rêve ma puissance, mais je possède ma Hberié*.^)

1 3 1 • Eh bien ! cette liberté de vouloir ou de ne pas vouloir, l'avons-nous réellement? Toutes les fois du moins que la folie n'altère pas nos organes?

Sommes-nous maîtres absolus de nos détermiiÀ*' lions dans un premier degré, c'est-à-dire libres de diriger notre intention de nous abstenir?

Sommes-nous maîtres absolus dans un second degré, c'est-à-dire libres de diriger notre intention d'agir?

Sommes-nous maîtres absolus dans un troisième degré, c'est-à-dire sommes^nous libres de diriger plus ou moins nos pensées ? Non pas jusqu'à faire naître, à notre gré, toute pensée; non pas jusqu'à empêcher toute pensée, ou telle ou telle pensée de naître ; non pas, si elle est née, jusqu'à l'écarter sans effort : mais du moins en œ sens que nous puissions lutter a ^ec plus ou moins de succès pour écarter telle ou telle pensée, en y substituant la distraction de telle ou telle autre ? De sorte que, l'habitude aidant par l'assoûiation

* Simon, le DûVêir, partie I.

RAHTIB S, ^ roi AU MVOIR. — LIVRE IV/

éfê idéeft, BcmsdoiuiioDs à notre âme la forme désirée^ et la p^nte facile vers le côté où nous avons rëeolu d'incliner? c< Semblables , sans cela, à un mauvais n général , qoi laisse prendre, sans coup férir, tous ses «r avant>po6tes» et ne retrouve sa valeur que pour dé^ «1 f^Eidrtf ses darniers retranchements ^ »

TITRE IL

FATAJLISME, OU NÉGATION DE LA UBERTU

• Numqnid tcxpii potero «liud nisi quod Deus p^ 4 suent in ore meoT

{Nombres, chap. xxii, § iv, Ters. 38.)

132. Fatalisme : Dégation de la liberté. Croyance à la soiindsfloii complète do rhotmne h upe puissance supérieure.

1 $J. fik?€rB«a opinion» sur la nature de cette puissance.

134. Ai^umenis communs à toutes 104 »a1)diTi«iQn{( do f fttalisiM, tirés de Tifitluence des mottffl de détermination.

iii^ Argunifintâ particuliers du Cat»*

lisme qui croit à un Dloa ^ bienfaisant : — Liberté présentée comme Incondliable avec la toute-puissance et la prescience.

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