PARTIE n. — FOI AD DEVOIR. — LIVRE IV. tS
quôUe étendue a-t^il? Il n'e^t pas de question phis fondamentale que celle-là. Bossuet la pose en disant : <( L'homme s'agite et Dieu le mène'; yo mais qui la résoudra? Elle divisait, chez les Juifs, les pharisiens et les sadducéens, comme chez les mahômé^ tans elle divise les sectateurs d'Omar et ceux d'ÂU *. C'est par elle évidemment que la raison, sentant son impuissance, arrivé à reconnaître « la possibilité, (( l'utilité et la nécessité d'une révélation divine \ »
Qu'il nous sutfise d'avoir ainsi montré par quel ch^nm la raison droite arrive à la religion naturelle, puis à la révélée. Il appartient aux apôtres de cette religion révélée de formuler plus complètement la condUaticm de la liberté et de la grâce. Difficile est cette conciliation. Après avoir combattu les Maniché^is qui donnaient trop peu au libre arbitre, saint Augustin combattit Pelage qui donnait trop à ce libre arbitre. Il mérita le nom de docteur de la grâce en faisant pencher du côté de celle-ci la balance. — Saint Thomas d'Aquin la fit pencher plus encore, et trouva pour adversaires les Franciscains et d'autres théologiens. — Calvin fit de l'homme un instrument passif de la volonté divine. Luther fut moins absolu. Les successeurs de Calvin eux-mêmes abandonnèrent sa
* « Mot profond et vrai, s'il veut dire que Thomine ne peut point con- « trarier les desseins de Dieu en abusant de la liberté, et qu'il servira « malgré lui l'ordre du monde par ses malheurs et son expiation ! »
(M. Laboulaye, Journal des Débats du 5 mars 185&.)
s Le Coran dit, comme l'Église chrétienne, que « la foi est une faveur « de Dieu, qu'il l'aecorde à qui il veut.» (Chap. xlii : V Assemblée, vers. 4).
» Perrone, ii, 1308, cité par M. TabbéGratry {De la connaissance de Dieu, partie H, chap. iv).
iS6 CONSCIENCE ET SQENGE Î)U DEVOIR.
doctrioe. — Molina et Suarez prêchèrent là concilia* tien de la grâce avec la liberté. On sait leur lutte contre les Jansénistes et la condamnation de ces derniers par les décidons pontificales des anuées 1653^ 1656 et 1665. — Chaque fois que ce problème s'agite, rhumaiiité sent s'agiter sa destinée tout entière. Qu'elle se repose dans ce terme moyen enseigné par rËglise : La grâce n'impose aucune violence au libre arbitre^; le libre arbitre est impuissant s'il n'est aidé. Nous n'avons pas à approfondir cette grande question. Mais puisqu'à chaque découverte que feront les sciences, doit apparaître un des rayons qui illumineront ces mystères , essayons humblement d'apporter notre tribut en éclairant, s'il ^e peut, la direction de la liberté, de cette incontestable liberté, « qui s'étend c( aussi loin que Dieu l'a voulu, limitée par la destina- «tion que Dieu lui a donnée ^. »
« 1 Gratiœ efîScacia nuUam mfert homini necesaitatem : aed homo liber « est in actibus salutaribus. »
(M. Tabbé Gratry, Compendium fidei catholicœ; à la fin du Traité de la connaissarwe de Dieu,) « La volonté peut résister à la grâce : sans cela je n'aurais aucun mérite < ni aucunklémérite. C*est le principe de toute morale. »>
(FÉNELON, De l'eanstence de Dieu.)
* Stahl, cité par M. Tillard , Analyse, classement et nomenclature de$ divers ordres de lois et de phénomènes moraux et politiques, S 9.