PARTIE IV. — SCIENCE' DU DEVOIR. — UVRE m. i
évidemment mauvaise. — D'autres, plus hardies, impi>tent mémo à éloge cette désobéissance. EUu évite, dit^ ODt des regrets au législateur; elle lui rend service en refusant de le suivre dans Fégarement momentané de ses violences transitoires. Un auteur connu par son profond respect pour l'autorité des gouvernements, Blackstone^ entend la chose ainsi. Il affirme que le devoir, en pareil cas, est de transgresser la loi hu^ moine.— Et, chose plus étrange! parfois le législateur lui-même a commandé d'avance de désobéir à ses erreurs : témoin le préambule de la constitution française de 1848.
Jurisconsulte philosophe, et par cela même citoyeii profondément soumis au droit, qui n'est que l'essai de réalisation de la morale, nous ne croyons ni à la théorie de l'obéissance quand même, ni à la théorie qui aboutit à faire de l'insurrection le plus saint des devoirs. — Mais nous croyons à la légitimité d'un troisième parti, à l'existence d'un droit qui domine tous les autres; c'est le droit qui reste à chaque homme d'abdiquer sa patrie, pour se retirer momentanément d'une société où les bases du juste sont renversées.
582. Au surplus, le législateur ne pourrait-il pas prendre des mesures préventives de ce conflit (qu'il est si désirable d'éviter) entre le di^oit et la morale? Nous le pensons. Si nous avons approuvé l'axiome de Bacon : « Optimus judex qui minimum sibi relinquit, » nous nions, au contraire, la vérité de cet autre axiome du même auteur : « Optima lex quœ minimum relin-
« quit arbitrio judicis. » Nous ti'ouvons très bon qu*une constitution politique (en choisissant les meilleurs moyens d'avoir d'excellents juges), laisse souvent à leur pouvoir discrétionnaire la mission de tempérer l'application des principes généraux de la loi positive '. Nous applaudissons surtout au sentiment de Warnkœnig *, quand il approuve l'existence, en Angleterre, des tribunaux d'équité. Nous félicitons, avec lui, le peuple romain d'avoir, par Finstiiution des préteurs, mis en pratique légale la fusion, continuelle^ ment essayée, de la morale et du droit.
' Le Code Napoléon contient quelques exemples, trop rares, de cette cou- Uvam du législateur. — Voy. notamment l'art 565.
* Daetrinajum philùsophiea^ cap. ii, n" 37.