PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE UI. f tf
foi jurée, en repoussant la présomption légale de faiblesse ou d'absence de discernement, qui leur est proposée, mais non imposée ^
581. Dans les deux hypothèses précédentes, rhomme de bien est tout-à-fait à l'aise, pour suivre cumulativement les exigences du droit et celles de la morale. Non seulement il appliquera à sa propre conduite les unes et les autres; mais il prêchera autour de liii leur application. Si sa profession appelle la confiance d'autrui, s'il est avoué, notaire ou avocat*, bien loin d'employer sa dialectique à chercher le moyen d'éluder les lois, il se regardera comme un instituteur de moralcy chargé de rappeler sans cesse à ceux qui le consulteront tout ce que demande la plus complète délicatesse : bien plus heureux de prévenir un procès, que d'en gagner vingt par son habileté !
Mais, il faut le reconnaître, l'homme de bien pourra se trouver dans un embarras cruel , s'il arrive que , dans sa conviction, une troisième et une quatrième hypothèse se présentent, savoir :
3<> Si le droit ordonne ce que la morale défend;
4® Si le droit défend ce qu'ordonne la morale.
Ces suppositions sont heureusement d'une application fort rare. Elles se réalisent toutefois dans certains moments de révolutions violentes, où, comme dit saint Jérôme, a jura poli non sunt jura fori , aliœ a Cœsaris sunt, aliœ Christi leges, aliud Paulus noS' a ter, aliud Papinianus prœcipit. » Il est difficile
i Cod. Nap., art. 1125; 1304, 1338, etc.
* Définition de Torateur : Vir bonuê dkendi peritut.
alors de traœr à l'homme de bien une ligne de oon«
diiite-
Certaines théories absolues (surtout celles qui par» teot dea principes matérialistes) lui commanderont d'obéir» en gémissant, aux lois de son pays. Relever, dans quelque occasion que ce soit , l'homme de cette obéissance, n'est-ce pas, dit Bentham, « mettre les « armes à la main de tous les fanatiques, contre tous « les gouvernements?... Y a-t-il un seul état qui « puisse se maintenir un jour, si chacun se croyait, (f en conscience, tenu de résister aux lois, à moins ce qu'elles ne soient conformes à ses idées particulières <f aur les lois naturelles et la loi révélée ? Quel bor^
riUa coupe-gorge M Suivant la déclaration des
étfÂU de l'homme, a tout homme qui viole ouverte^ <x ment les lois, se déclare lui^môme en état de guerre (f avec la société ^. »
Et cependant, ceux même qui, au nom d'une froide théorie, demandent au citoyen cette résignation stoique au mal légal, sentiraient le courage leur manquer^ pour accomplir ainsi <c quod hominibus altum. . . abo- « minatio ante Deum ^. » —Aussi, certaines théories spiritualistes pai*donnent la désobéissance à une loi
* Bentham, Ttaité de législation oivilâ et pénale, vol. I, ohap. xni, ii<^ 10.
* « piato Titanum e génère statuit eoa qui, ut illi cœlestibus, aie hi « adversantur magistratibus. » (Cic, De legib., lib. III.)
« Enfreindre les lois, c'est une immense responsabilité morale qu'on aa- « aume, et un très mauvais exemple que Ton donne. » (TissoT, Éthique*)
■ Aucune société ne peut permettre que la loi soit impunément trans- « gressée par quiconque jugera, dans sa conscience, que cette loi est con- • traire à la loi naturelle. » (Simon, Le Devoir, pag. 413.)
— ■ Ajoutez Montaigne, liv. I, chap. xxii.
* Saint Luc, chap, xvi, S ^y ^^i^* ^^-