‹ Conscience et science du devoirChapitre 147 sur 331 · PARTIE IV. — SOBNGE DU DEVOIR. — LIVRE VI. tS · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SOBNGE DU DEVOIR. — LIVRE VI. tS

« Le devoir est un rapport de conformité entre des (( actes volontaires d'un être raisonnable et la nature <c même de l'être auquel ces actes se rapportent *. » — Or» on accuse la méthode expérimentale de poser en principe ce qui est en question, quand elle affirme que l'observation de certains faits extérieurs peut suffire pour indiquer le bonheur qui nous est assigné, donc notre devoir, donc notre but final.

642. ^ Je leur demandai le bonheur : sans me « comprendre , ils m'offrirent des plaisirs . » Cette charmante phrase de Droz ^ fait pressentir admirablement la vérité du reproche qu'on adresse à l'école expérimentale.

En efiet, la question du devoir y donc du bonheur assigné àl'homme, est, comme nous l'avons vu, subordonnée à des questions préjudicielles, notamment à cdles-ci : L'âme est-elle immortelle? {Voy. n<^* 411 à 415;) L'espèce humaine est-elle perfectible? (Voy. n^ 421 à 440.)

Évidemment, si l'homme a une vie immortelle, son but définitif ne se compose pas des seuls éléments fournis par le plaisir éphémère observé ici-bas. Qui sait? Peut-être la douleur ici-bas est, au contraire, la Gcmdition préliminaire d'un bien ineffable à obtenir ultérieurement? Ainsi le bonheur terrestre, tel que le fait connaître l'observation seule ^ peut être trompeur ; et sa réalisation, dans cette première existence, ne suppose pas nécessairement l'accomplissement du de-

* Ahrens, Cours de droit naturel (partie générale, chap. i, § 2). « Euai sur l'art d'être heureux, chap. i.

voir, imposé en vue d'une succession de deux existences.

Évidemment encore, si l'espèce humaine est pe^ fectible, l'idéal du devoir qu'elle doit accomplir change d'horizon à toute heure. Les résultats dont tel siècle se contente, sont répudiés par le siècle qui le suit. Donc le bonheur, tel que le fait connaître F observation présente, peut être trompeur ; et sa réalisation actuelle ne suppose pas nécessairement Taccomplissemeut du devoir progressif, dont la formule va se modifiant sans cesse.

643. Eh bien ! que fait la méthode expérimentale? Oubliant qu'elle ne peut se soutenir, si elle n'établit pas d'abord la négation de l'immortalité et de la perfectibilité, elle laisse ces deux grands problèmes, non seulement sans les discuter, mais encore sans les voir. — C'est marcher sur un terrain mouvant, où le pied s'enfonce. C'est ignorer le but, et, par excès d'inconséquence, désigner un moyen d'arriver à ce but ignoré. Que devient la liste des plaisirs, rédigée par la méthode expérimentale? Ne le voyez-vous pas? Un immense cercle vicieux. Quelle confiance peut-elle me donner, quand je n'ai point examiné préalablement si le plaisir de renoncer aux plaisirs actuels ne doit pas effacer et remplacer tous les autres?

644 . Comme le fait remarquer avec raison Ahrens \ l'analyse des institutions des divers peuples, dans te but de chercher leurs caractères communs, ne mène qu'à des résultats variables et problématiques. C'es-j

* Coun de droit hatiirel (partie gén«hale, cluip. i).

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